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She Loves Me – La boutique au coin de la rue

Le dimanche 26 septembre 2010 à 16 h 20 min | Par | Rubrique : Grandes oeuvres

She loves me, l'affiche anglaise de 1994 ©DR

She loves me, l

Musique : Jerry Bock
Lyrics : Sheldon Harnick
Livret : Joe Masteroff d’après la pièce de Miklos Laszlo
Mise en scène originale : Harold Prince

Création
A Broadway, le 23 avril 1963 (après une seule preview le 22) au Eugene 0’Neill Theatre (302 représentations).
A Londres, le 29 avril 1964 au Lyric Theatre (189 représentations).

Les chansons
« Good Morning, Good Day », « Sounds While Selling », « Days Gone By », « No More Candy », « Three Letters », « Tonight At Eight », « I Don’t Know His Name », « Perspective », « Goodbye, Georg », « Will He Like Me », « Ilona », « I Resolve », « A Romantic Atmosphere », « Tango Tragique », « Mr Nowack, Will You Please », « Dear Friend », « Try Me », « Where’s My Shoe », « Vanilla Ice Cream », « She Loves Me », « A Trip To The Library », « Grand Knowing You », « Twelve Days To Christmas ».

Synopsis
L’action se déroule à Budapest dans les années 30. Un matin d’été, Ladisvas Sipos, Arpad Laslo, la ravissante Ilona Ritter et le séduisant Steven Kodaly se retrouvent devant la petite parfumerie pour laquelle ils travaillent. Ils sont bientôt rejoints par leur supérieur, Georg Nowack dont l’intégrité n’a d’égale que la timidité. Tous attendent l’ouverture de la boutique en rêvant d’une journée de congé quand arrive le directeur, Mr Maraczek. De son côté, Georg raconte à Sipos qu’il vient de recevoir un courrier de la mystérieuse inconnue avec laquelle il entretient, depuis quelque temps, une correspondance épistolaire. Il est interrompu par Maraczek. Celui-ci informe l’équipe qu’il vient de faire l’acquisition d’un nouveau produit, une boîte à cigarettes musicale, dont il espère bien tirer un grand profit. Georg se montre sceptique. C’est alors qu’entre en scène Amalia Balash. La jeune femme, qui travaillait dans une boutique concurrente ayant récemment mis la clé sous la porte, cherche du travail. Elle est aussitôt éconduite par Georg et Maraczek mais elle s’incruste et parvient à vendre à une cliente le nouveau prototype de boîte à cigarette. Impressionné, Maraczek l’engage sur le champ.

Nous retrouvons les personnages quelques mois plus tard. Ilona et Kodaly vivent une histoire d’amour. Georg, tout entier à sa romance épistolaire, est en constant désaccord avec Mr Maraczek et se dispute sans arrêt avec Amalia. Il ignore (et elle aussi) qu’Amalia est en réalité sa correspondante secrète. Un matin, tandis que la jeune femme est, comme à l’accoutumée, en retard, Georg est une nouvelle fois confronté à son patron. Mais un plus grand souci le taraude. Il a rendez-vous, le soir même, avec la jeune femme à qui il écrit. De son côté, Amalia explique devant une Ilona perplexe que si elle ne connait ni le nom ,ni le visage de l’homme avec qui elle a un rendez-vous galant dans la soirée, elle sent qu’il est parfait pour elle.

Mais Maraczek ordonne à ses employés de rester plus tard pour préparer la vitrine de Noël. Après avoir obtenu qu’Amalia soit dispensée d’heures supplémentaires pour pouvoir se rendre à son rendez-vous, Georg se dispute avec son patron qui refuse de le laisser partir et démissionne. Kodaly, quant à lui, avait prévu de passer la soirée avec Ilona mais quand finalement, à la dernière minute, Maraczek annule la séance de travail, le charmeur abandonne sa collègue pour rejoindre une autre maîtresse. Ilona décide qu’on ne l’y reprendra plus. Sortant dans la rue, Sipos retrouve Georg qui lui avoue ne pas oser aller au rendez-vous. Sipos lui propose de l’acompagner jusqu’au restaurant. Maraczek, croyant être seul, reçoit la visite de Keller, un détective privé à qui il a demandé de suivre son épouse. Keller lui apprend la vérité: Madame Maraczek a une liaison avec Kodaly. Après le départ de Keller, Maraczek appelle chez lui et constate que sa femme est effectivement absente. Il soupçonnait Georg mais pas Kodaly. Il prend un revolver et tente de se suicider. Il est interrompu par Arpad qui n’avait pas encore quitté la boutique.

Georg et Sipos arrivent au lieu de rendez-vous, le Cafe Imperial. Ils sont estomaqués en découvrant qu’Amélia est la mystérieuse correspondante. Sipos persuade Georg d’aller lui parler. Celui-ci s’incruste à la table de la jeune femme. Elle le rembarre immédiatement craignant que son rendez-vous n’ose approcher en le voyant. Très vite, les deux collègues se disputent et le serveur est contraint d’intervenir pour faire sortir Georg. Déçue, Amalia rentre chez elle, seule.

Nous nous trouvons, le jour suivant, dans la chambre d’Hopital de Maraczek, où Arpad tente de négocier une augmentation pour lui avoir sauvé la vie. Georg se présente à son tour et avec étonnement, apprend de son ex-patron qu’il est réengagé. Les deux hommes redeviennent amis. Georg se présente ensuite chez Amalia, absente du magasin pour avoir trop bu la veille. Persuadée que son supérieur est venu contrôler qu’elle était bien malade elle s’empresse de s’habiller et fait mine de retourner travailler alors qu’elle est en mauvaise santé, pour le culpabiliser. Mais Georg n’est venu que pour prendre de ses nouvelles, apporter une glace et consoler Amalia de ses déboires de la veille. Il part, et, tandis qu’Amalia essaie d’écrire une nouvelle lettre à son amant épistolaire, elle ne peut s’empêcher de penser à Georg. Dans la rue, Georg réalise avec ravissement qu’il aime Amalia.

Le jeune homme retourne à la boutique et retrouve Ilona, amoureuse après une rencontre inattendue dans une librairie, et assiste au départ de Kodaly, renvoyé par Maraczek. Noël approche. Le soir du réveillon, alors qu’Ilona rejoint le nouvel homme de sa vie, que Sipos retrouve sa famille et que Maraczek part célébrer avec Arpad la promotion de ce dernier, Amalia, qui a invité Georg à passer la soirée chez sa mère, offre à ce dernier une boîte à cigarettes musicale. Georg dit alors tout haut quelques uns des mots qu’il avait écrits à Amalia. Celle-ci comprend que Georg est son mystérieux correspondant et l’embrasse.

Le thème
Inspiré indirectement de The Shop Around The Corner, un modèle de comédie romantique, She Loves Me reprend tous les codes du genre. On y retrouve, en particulier, le couple antagoniste, qu’on adore voir se détester avant que l’amour ne reprenne ses droits, et les seconds rôles truculents qui alimentent les péripéties séparant ou rassemblant les deux héros. Le décors hongrois apporte à la « comédie américaine » une touche rétro (l’action se déroule dans les années 30) féérique (Budapest y est grandement idéalisé) et décalée (on est à Budapest mais on achète en livres et on rend la monnaie en shillings). Et comme toute grande comédie musicale, She Loves Me s’appuie aussi sur un thème sinon dramatique au moins extrêmement mélancolique, la solitude. A part Sipos qui vit en famille, tous les personnages de Georg à Ilona en passant par Maraczek, sont désespérément seuls et c’est cette situation qui va guider leurs actions que ce soit une correspondance amoureuse ou un suicide. Cette définition délicatement pathétique des personnages les rend terriblement attachants.

L’histoire derrière l’histoire
A l’origine, She Loves Me est inspiré d’une pièce de théâtre hongroise de Miklos Laszo. Si le spectacle n’a jamais vu le jour à Broadway, il a en revanche été transposé au cinéma en 1940 par Ernst Lubitsch sous le titre The Shop Around The Corner, avec James Stewart et Margareth Sullivan, et en 1949 pour un film intitulé In The Good Old Summertime avec Judy Garland et Van Johnson. C’est quinze ans plus tard que Jerry Bock et Sheldon Harnick, les futurs auteurs du fameux Violon sur le toit, décident d’écrire une comédie musicale tirée de cette histoire. Pour l’adaptation, ils se joignent à Joe Masteroff, qui allait, quelques années plus tard, signer le livret d’un autre célèbre musical, Cabaret. Harold Prince (futur metteur en scène de quelques-uns des plus grands triomphes de la comédie musicale, de Follies à Phantom Of The Opera en passant par Cabaret ou Kiss Of The Spiderwoman) accepte non seulement de prendre en charge la production du show, mais aussi d’en faire la mise en scène. Prince souhaitait Julie Andrews, la révélation de My Fair Lady de Lerner et Loewe, pour le rôle d’Amalia mais c’est une autre légende de Broadway, Barbara Cook, qui tiendra la vedette du spectacle aux côtés de Daniel Massey.

La première à Broadway a lieu en avril 1963. Bien que n’ayant remporté qu’un succès modeste sur le territoire américain (la même année sont présentés, à New York, des triomphes emblématiques comme Hello Dolly, Funny Girl ou Oliver!), She Loves Me est créé l’année suivante à Londres. Anne Rogers et Gary Raymond incarnent les rôles principaux. A leurs côtés, Rita Moreno, encore toute auréolée de son Oscar du meilleur second rôle pour la version cinématographique de West Side Story où elle reprenait le rôle d’Anita, tient le rôle d’Ilona. Mais le spectacle ne rencontre pas le succès escompté. En 1978, She Loves Me fait également l’objet d’une version télévisée avec David Kernan et Gemma Craven mais c’est seulement quinze ans plus tard que le spectacle revient à Broadway pour un somptueux revival dont la première a lieu au Roudabout Theatre de New York avec Boyd Gaines (Fame, le film) et Judy Kuhn (Chess, Les Misérables). Devant le succès critique et public, le spectacle est transféré dans un grand théâtre de Broadway avant d’être repris à Londres avec John Gordon Sinclair, qui fait là ses premiers pas dans le musical et Ruthie Henshall, découverte dans Miss Saigon et Crazy For you et future star de Chicago. Mais, en-dehors de ces productions officielles, le spectacle doit aussi sa pérennité aux nombreuses mises en scène en école ou en collège dont il a été l’objet. Il faut dire que la partition ambitieuse et brillante du spectacle, combinant le pur style Broadway à un certain folklore de la vieille Europe romantique, reste, encore aujourd’hui, l’une des plus étonnantes écrites pour une comédie musicale.

Depuis le 14 septembre 2010, Rendez-vous est à l’affiche du Théâtre de Paris. L’adaptation est signée par Laurent Lafitte et Judith El Zein ; la mise en scène est confiée à Jean-Luc Revol. On retrouve, dans les rôles principaux, Kad Merad, Magali Bonfils, Laurent Lafitte, Pierre Santini, Alyssa Landry et Andy Cocq.

Versions de référence
She Loves Me – Original Broadway Cast (Decca US). Avec Daniel Massey, Barbara Cook, Barbara Baxley et Jack Cassidy. Certes la musique, superbe, est bien là et Barbara Cook est une pure star de Broadway mais, en regard des deux autres versions, l’ensemble paraît un peu daté. Pour les collectionneurs et les nostalgiques uniquement.

She Loves Me – New Broadway Cast Recording (Varese Sarabande). Avec Boyd Gaines, Diane Fratantoni, Sally Mayes et Howard McGillin
Lorsque, suite à son succès au Roundabout Theatre, ce revival fut transféré à l’Atkison, Judy Kuhn, qui incarnait Amalia, quitta la distribution pour rejoindre la production américaine de Sunset Boulevard à Los Angeles. Elle fut remplacée par Diane Fratantoni, vue, entre autres, dans A Chorus Line et Les Misérables. C’est Fratantoni qui participe à cet enregistrement. Sa voix est agréable mais on est malgré tout extrêmement frustré de ne pouvoir entendre celle, infiniment supérieure en tous points, de Kuhn dans une partition qui lui allait comme un gant. Pour le reste, un excellent enregistrement (mention spéciale à Sally Mayes en Ilona) que surpasse toutefois la version anglaise de ce même revival.

She Loves Me – 1994 London Cast Recording (First Night Records). Avec John Gordon Sinclair, Ruthie Henshall, Tracie Bennett et Gerard Casey. A posséder absolument, cet enregistrement déborde de charme et d’énergie à l’image du duo vedette, John Gordon Sinclair et Ruthie Henshall, dont l’incroyable alchimie est palpable rien qu’à l’écoute. Un must!

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Un commentaire
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  1. Si nous savons depuis plusieurs années que Kad Merad est un bon acteur, il suffit de le voir sur scène pour voir qu’il est aussi très à l’aise sur les planches, dans une comédie musicale, où il chante et danse. Kad me paraissait (un peu) tendu… etait ce le fait d’être à la « Générale » devant un parterre de people ? Mais il est très bons et les 3h de spectacles passent très vite. Les musiques sont très difficiles à chanter et l’ensemble des comédiens est à féliciter. Si l’histoire est « bannale », la mise en scène, les musiciens présents, les comédiens… méritent de se déplacer et de prendre « rendez-vous ». Bravo à tous

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