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Shirel – Donner et recevoir

Le jeudi 1 novembre 2001 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Shirel ©DR

Shirel ©DR

Du sang neuf pour Notre Dame ! Le succès musical de Luc Plamondon et Richard Cocciante s’offre cette saison un regain de jeunesse en investissant le tout fraîchement rénové Théâtre Mogador et en accueillant de nouveaux jeunes talents dans la troupe. Parmi eux, Shirel, jeune et charmante Esmeralda, que la presse a parfois trop facilement réduite au simple titre de « fille-de-Jeane-Manson ». Bon sang ne saurait mentir mais l’héritage artistique de Shirel dépasse largement le giron maternel. « J’ai grandi dans une maison artistique puisque ma grand-mère était chanteuse et peintre, mon grand-père écrivain, mon père producteur de cinéma et ma mère chanteuse« , nous raconte-t-elle. « On apprend déjà beaucoup de choses en grandissant dans cet univers. Puis, j’ai suivi des études normales mais j’ai pris des cours de guitare et de piano pendant des années. J’ai composé dès l’âge de quinze ans et je chantais quelques chansons aux concerts de ma mère. »

Shirel, un Chant vers Dieu
Après une enfance et adolescence passée aux Etats-Unis et en France, Shirel part en Israël lorsqu’elle a 18 ans. « Etant juive, je voulais retrouver mes racines, explique-t-elle. Je suis née en France, j’ai vécu une partie de mon enfance aux Etats-Unis, donc j’ai un peu une multiculture mais j’avais besoin de retrouver ‘ma maison’. C’est là que j’ai choisi mon nom hébreu, car je n’en avais pas. ‘Shirel’ veut dire ‘chant vers Dieu’ et quand je l’ai choisi, je ne savais pas encore que je serai chanteuse mais je savais que ce nom me correspondait. » Elle s’inscrit ensuite dans une école très réputée. « J’ai fait deux ans dans une école qui s’appelle Rimon, où j’ai appris la composition, l’harmonie, le solfège, le théâtre… C’était un petit Fame, j’ai beaucoup appris. Après ces deux années, je devais me décider si je continuais à étudier ou si je me lançais. Je me suis dit que j’allais essayer, je voulais partir à Londres et c’est à ce moment qu’on m’a appelée pour faire le casting de Notre Dame. Je l’ai passé sans penser réussir, je pensais plutôt que j’allais partir pour Londres et essayer de faire quelque chose là-bas. Et puis, j’ai été prise et je suis revenue habiter ici… »

L’aventure Notre Dame de Paris commence alors pour Shirel, qui loin d’être blasée, savoure pleinement son bonheur. « Pour une première vraie expérience professionnelle, c’est une chance extraordinaire, notamment le fait de travailler avec un metteur en scène exceptionnel, qui arrive à susciter des émotions que moi-même, je ne soupçonnais pas. Mais le plus formidable est de pouvoir jouer sur scène et de donner. » Avant de commencer les répétitions, elle se plonge dans le roman de Victor Hugo. « Je l’ai dévoré, se souvient-elle. J’ai souligné, j’ai coché, j’ai retenu, j’ai fait des petites fiches sur les personnages comme à l’école. J’ai aussi vu le film avec Lollobrigida mais c’est le livre qui m’accompagne le soir quand je me remets dans le personnage. Esmeralda, Hugo la décrit ?naïve de tout et enthousiaste de tout’. D’ailleurs, je suis un peu comme ça… mais pas complètement, ajoute-t-elle avec un sourire. »

Shirel intègre alors une troupe composée « d’anciens » et de « nouveaux ». « Il y a des gens dans l’équipe qui étaient là depuis quelques années. Ils nous ont apporté leur confiance, leur savoir et en même temps, le fait qu’il y ait de la nouveauté les aide aussi. Il y a un échange, on s’entend tous très bien. Au début et à la fin de chaque spectacle, on réunit nos mains et on lance nos énergies en l’air ensemble. On est très solidaires. » Elle n’en a pas moins le trac à chaque représentation, notamment avant son « Ave Maria païen ». « C’est mon déclic tous les soirs et c’est ma chanson préférée. Je pense à ma foi et je la transpose, et j’espère que j’y arrive. Le plus grand défi est de montrer son âme et sa foi, c’est très difficile car il faut aller au plus profond de soi-même. Si j’ai eu les larmes aux yeux et que ça m’a touchée, je crois que ça touche le public aussi. Il faut arriver à se faire frissonner soi-même. »

Partager les applaudissements
L’après Notre Dame, Shirel n’y pense pas encore complètement. « Bien sûr, il faut penser au futur, mais pour l’instant, je me consacre à cette comédie musicale. C’est vrai que j’ai signé un album, mais je n’ai pas fait ça pour faire un album, je l’ai fait parce que mon coeur est dans Notre Dame. J’aime la comédie musicale et j’essayerais peut-être de m’aventurer à Londres ou à New York. C’est un rêve de petite fille de pouvoir aller à Broadway. Si on me prédisait aujourd’hui ?tu n’auras jamais de carrière solo mais tu auras toujours des rôles intéressants dans des comédies musicales’, je serais tout aussi contente. C’est vrai que dans une comédie musicale, on n’a pas toute l’attention sur soi, mais je m’en fous… C’est donner qui est important, ce n’est pas d’avoir tous les applaudissements pour soi, c’est mille fois mieux de les partager avec les autres. »

Véritable amoureuse de la comédie musicale, Shirel a grandi au son des grands classiques. « Je regardais West Side Story, Mary Poppins, My Fair Lady, Grease, Le violon sur le toit, La mélodie du bonheur… Donc, j’ai une mentalité un peu ‘naïve’ parce que j’ai grandi avec ça. Moi, j’aimerais que le monde soit une comédie musicale, dit-elle en souriant. Que ce monsieur qui nous sert un coca se mette à chanter comme dans Les Parapluies de Cherbourg. J’adore !  »

Et si on lui demande quels rôles elle aimerait interpréter, elle répond sans hésiter : « Maria dans West Side Story et Eliza Dolittle dans My Fair Lady. West Side Story, j’ai dû le voir au moins 500 fois. Quand j’étais petite, parfois, j’étais un peu seule et je regardais des vidéos. Le matin, je me réveillais et je mettais le film et dès qu’il était fini, je le remettais et ainsi de suite toute la journée. Je connaissais tout par coeur, toutes les répliques… J’aime aussi beaucoup Yentl. A chaque fois que je le vois, j’ai envie de refaire le monde. » Elle cite alors naturellement ses deux grands modèles : « Barbra Streisand, qui est pour moi la perfection au niveau de la voix et de ce qu’elle dégage, et Audrey Hepburn, que j’adore. J’essaye de m’inspirer de ces gens qui arrivent à se ?déshabiller’ pour donner aux autres. »

Donner est un terme qui revient souvent au cours de cette conversation, et la générosité semble être une motivation cruciale pour la jeune artiste. Et lorsqu’on lui demande pour conclure ce qu’on peut lui souhaiter de mieux pour le futur, fidèle à son discours, Shirel formule un voeu collectif. « On peut tous se souhaiter de retrouver qui on est pour comprendre ce qui se passe en ce moment, espère-t-elle. Essayer déjà de s’améliorer soi-même et tous les jours, essayer d’écouter l’autre mieux que ce qu’on fait actuellement. Ca ne veut pas dire qu’il faut tous être semblables, mais au contraire respecter les différences. C’est comme en musique, la mélodie est composée de plusieurs notes différentes, il ne s’agit pas d’avoir toujours la même note, ce serait ridicule… En tout cas, j’ai la chance de pouvoir être chanteuse et actrice, je peux donner des sentiments et faire oublier aux gens un petit peu ce qui se passe.« 

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