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Shopping Sondheim – En compagnie de Stephen Sondheim

Le mardi 1 juin 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Zoom

Stephen Sondheim ©DR

Stephen Sondheim ©DR

Des contes pour enfants en chansons
Retombez quelques instants en enfance avec le DVD d’Into the Woods (1987). Sur un livret de James Lapine, le musical met en scène des personnages de contes de fées : Cendrillon, le petit chaperon rouge, Jack et le haricot magique, un méchant loup, une sorcière et bien d’autres encore. Les personnages sont d’abord soumis à leurs épreuves individuelles bien connues (le Chaperon Rouge apporte des galettes à sa grand mère …). Ils réussissent bien sûr, mais les retors Sondheim et Lapine les soumettent à une nouvelle épreuve collective autrement plus difficile. Dès lors, les chansons évoquent le sens de la responsabilité, la vie en communauté, et les sacrifices qui vont avec. En guise d’introduction, Into The Woods apparaît comme le plus accessible des spectacles et comporte des mélodies vraiment ravissantes. La distribution inclut Bernadette Peters, la grande figure féminine de Sondheim qui y joue le rôle de la sorcière.

Fort du succès mérité de Into The Woods et d’une reconnaissance toujours croissante, un hommage à Sondheim est organisé à Carnegie Hall en 1992. Ce concert, rassemblant le gratin de la scène new-yorkaise, est brillamment à la hauteur des exigences de Sondheim. L’attention est portée à chaque détail : chant, mise en scène, chorégraphie. Sondheim : A Celebration At Carnegie Hall parcourt énergiquement et intelligemment la carrière du maître, de A Funny thing happened on the Way to the Forum (1962) à Assasins (1991).

L’approche par le versant « West »
Bien avant ses débuts de compositeur-parolier, le jeune Sondheim possédait déjà une jolie réputation de parolier. Il avait en effet réalisé des débuts fracassants avec la formidable équipe du fameux West Side Story : Jérôme Robbins (chorégraphie et mise en scène), Arthur Laurents (livret), Léonard Bernstein (musique) et le « débutant » Sondheim. Plus tard, l’ex-débutant devenu mature se demandera s’il n’a pas mis des paroles trop sophistiquées à ces personnages d’origine modeste. On reconnaîtra ici une exigence critique permanente. Quoi qu’il en soit, sa contribution à West Side Story a été déterminante sur sa carrière, tout comme elle a amplement participé au succès du spectacle (1957) puis du film (1961). Plus de 40 ans après la création, cette histoire de cohabitation brûlante entre américains et immigrés portoricains a conservé toute son actualité. Son pessimisme réaliste entrecoupé de moments lyriques annonce les chef-d’oeuvres à venir.

Sondheim in the park with Georges Seurat
Entre l’alpha et l’omega, West Side Story et Into the Woods, il y a d’autres beaux enregistrements vidéos à explorer. Interprétée par Angela Lansbury et George Hearn, Sweeney Todd (1979) l’histoire du barbier tueur en série, vous fera frémir d’horreur. Avec le recul, les grandes productions telles que Les Misérables et Phantom of the Opera lui doivent beaucoup. Le premier en a tiré l’esthétique d’un XIXe siècle oppressant et les outrances des Thénardier n’ont rien à envier à celles de Mrs Lovett, la compagne farfelue de Sweeney Todd. Quant au Phantom, il a partagé avec Sweeney Todd le metteur en scène (Harold Prince) ainsi qu’une progression spectaculaire et brutale de la tension dramatique. Les qualités hors normes de Sweeney Todd et la mise en musique quasi complète du texte lui valent d’intégrer le répertoire de l’opéra anglo-saxon.

Il y a quelques autres bonnes recommandations pour régaler les amateurs d’art lyrique. Tout d’abord Passion, une sombre histoire d’amour entre un bel officier et une femme laide. Le traitement de cette relation déséquilibrée rappelle les mécaniques inexorables de Otello de Verdi ou le Pelleas et Mélisande de Debussy. Quant à ceux qui se délectent des jeux de miroir de l’opéra, tels que Cosi fan tutte de Mozart, ou Capriccio de Strauss, ils trouveront matière à se régaler avec Sunday in the Park with George. Son propos est d’évoquer le peintre Georges Seurat et la genèse de son plus célèbre véritable tableau : un dimanche à la Grande Jatte. Avant d’être figé sur la toile, les personnages revivent en chansons. La musique elle-même se fait « pointilliste » lors des coups de pinceau du peintre réputé pour son style dit « pointilliste ». En outre, Sondheim insiste sur la condition de l’artiste en difficulté d’inspiration et la necessité d’avancer (« Move on »). On y lit en filigrane ses propres doutes. Sunday est remarquable au même titre que ses analogues de l’opéra cités ci-dessus : au-delà de l’exercice intellectuel, ces oeuvres déjà formidables par elles-mêmes sont remplies de symboles sur leur créateur.

Pour approfondir Sondheim, il faut ensuite se tourner prioritairement vers le riche catalogue des Original Broadway Cast (OBC), autrement dit les distributions originales de Broadway. On dispose ainsi à la source des intentions du créateur. Ceux qui auront apprécié les oeuvres citées plus haut poursuivront leur chemin avec Company (1970), Follies (1971) et A Little Night Music (1973). Ces trois spectacles ont installé Sondheim parmi les créateurs majeurs de Broadway et comportent des chansons parmi les plus magnifiques tant pour les textes que pour la musique. A Little Night Music inclut l’unique grand tube du compositeur : « Send in the clowns ». Il est repris entre autres dans le Broadway Album, le CD que Barbra Streisand a consacré au répertoire du théâtre musical. Sondheim y est largement représenté avec 8 titres sur 16.

Un rebond manqué mais forcément magnifique
Si tous ces arguments vous ont convaincu, alors vous achèterez le CD du dernier spectacle : Bounce. Il a été tièdement accueilli en 2003 et ne sera pas immédiatement monté à New-York. Bounce rejoint ainsi les sublimes Anyone can Whistle et surtout Merrily We Roll Along au rayon des échecs cuisants de Sondheim. Qu’importe le verdict commercial pour les vrais fans, le CD s’avère indispensable car toute sa carrière a prouvé que même ses échecs laissaient de magnifiques partitions.

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