Tintin et Milou en chair et en os !
Qui n’a jamais lu un album de Tintin ? Le petit reporter belge créé par Hergé fait partie depuis des années de ces héros imaginaires et populaires connus de tous. Adapter deux des aventures de Tintin (Les sept boules de cristal et Le Temple du Soleil) en comédie musicale était un pari fou et risqué. Les producteurs et l’équipe artistique y ont cru jusqu’au bout et ils ont eu raison. Pari gagné haut la main : Tintin Le Temple du Soleil (Kuifje De Zonnetempel) est une réussite totale !
Dès le premier tableau et pendant plus de deux heures, on est plongé dans une bande dessinée en 3D avec des personnages qui s’animent, parlent, chantent et dansent. Sensation magique de se trouver entre le rêve et la réalité. Tout contribue à ce plaisir jubilatoire.
La magnifique partition du compositeur Dirk Brossé, allant du jazz au lyrique, évoque tour à tour le mystère, la joie, la peur, la mélancolie et le bonheur retrouvé. La force émotionnelle de cette musique est parfaitement restituée par l’orchestre de 15 musiciens dirigés avec maestria par Dirk De Caluwé. Le livret signé Seth Gaaikema mérite un grand coup de chapeau. S’il prend quelques libertés avec le scénario d’Hergé, ce n’est que pour renforcer l’histoire et donner une réelle profondeur et humanité aux personnages sans jamais dénaturer l’esprit de l’œuvre originale. Avec un tel matériau de départ, il fallait une mise en scène à la hauteur. Le génial Frank Van Laecke, qui s’est également impliqué dans le livret, réussit une incontestable performance. Astucieuse, drôle et intelligente, sa mise en scène fait surtout preuve d’une grande inventivité et d’une belle sensibilité. Les chorégraphies efficaces et pleines d’imagination de Martin Michel apportent beaucoup et s’intègrent parfaitement à la mise en scène.
L’autre point fort du spectacle est son esthétique. Les décors de Paul Gillis sont à couper le souffle et digne d’un grand show de Broadway. Mais surtout ils restituent presque au détail près les dessins d’Hergé. Moulinsart, l’hôpital, la bibliothèque de Bergamotte, l’avion qui emmène Tintin et Haddock au Pérou, le marché péruvien, la tempête de neige, le condor auquel s’accroche Tintin, tout y est. Mention spéciale pour le grandiose Temple du Soleil et surtout pour l’impressionnante chute d’eau que traverse Tintin : c’est Niagara sur scène ! Les costumes sont eux aussi d’une rare qualité et très fidèles à la bande dessinée. Maquillage et perruques renforcent encore un peu plus la ressemblance parfaite des comédiens avec les personnages d’Hergé.
Les comédiens, parlons-en. Ils sont l’âme du spectacle. Ici tous ont leur importance, l’ensemble déborde d’énergie et d’enthousiasme. Le chant, la danse, la comédie, ils savent tout faire et ont chacun l’occasion de le montrer. Les rôles principaux sont parfaitement distribués. Aucune erreur de casting à signaler. Tom Van Landuyt campe un Tintin très crédible: espiègle, intrépide, grand cœur, tendre et surtout très attachant…comme Milou d’ailleurs ! Henk Poort interprète avec conviction un Haddock bourru et râleur mais aussi d’une touchante sensibilité. La palme revient incontestablement à Jacqueline van Quaille qui EST la Castafiore. Dès son entrée en scène, elle emporte l’adhésion du public qui lui réserve à chacune de ses apparitions une véritable ovation. Son exubérance, ses caprices de diva et ses vocalises sont irrésistibles. Grande voix d’opéra, Jacqueline van Quaille est aussi capable d’émouvoir d’un simple geste et d’un simple regard. Elle révèle le côté fragile d’une Castafiore qui souffre de sa solitude.
Difficile de trouver un point faible à cette merveilleuse comédie
musicale. On peut toutefois émettre quelques réserves
sur le final qu’on aurait préféré plus fort
et plus percutant surtout après un deuxième acte aussi
riche en émotions (le premier étant dominé par
l’humour). Mais la reprise de la chanson-phare «De Zon» (Le Soleil)
par toute la troupe au moment des saluts fait lever une salle enthousiaste
qui applaudit à tout rompre pour remercier l’équipe
des créateurs et toute la troupe pour ces deux bonnes heures
de pur bonheur. Dehors, il pleut mais on garde encore longtemps le soleil
dans la tête et le sourire aux lèvres.