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à partir du 15 décembre 2000
Théâtre Royal de Liège, Belgique
20h sauf le 17/12 à 15h et le 31/12 à 20h30
Prix : de 200 à 1300 francs belges
Réservations : Au bureau de location du Théâtre Royal de Liège :
- Du lundi au vendredi: de 11 h à 18 h sans interruption
- Le samedi: de 11 à 13 h et de 14 à 18 h
- Pendant les spectacles, jusqu'à la fin du premier entracte
Par téléphone au 04/221 47 22 pendant les heures d'ouverture citées.
Consultez également leur bulletin de réservation sur Internet : http//www.orw.be
 
TITANIC
 
Paroles et musique : Maury Yeston
Version française des lyrics: Stéphane Laporte
Livret: Peter Stone
Direction musciale : Gilles Nopre
Mise en scène : Jean-Louis Grinda et Claire Servais
Adaptation du livret: Stéphane Laporte et Jean-Louis Grinda
Décors: Eric Chevalier
Costumes: Michel Fresnay
Eclairages: Jacques Châtelet
Avec : André Jobin, Antoine Normand, Patrick Vilet, Nicolas Mottart, David Macaluso, Vincent Heden, Jacques Duparc, Stéphane Gilles, Marc Tissons, Carmelo De Giosa, Robert Carrique, Frédérik Steenbrink, Joel Mitchell, Jacques Verzier, Patrick Delcour, Angélique Rivoux, Philippe Ermelier, Banghua Fan, Léonard Graus, Chantal Herbillon, Maurice Xiberras, Sylviane Biname, Lucienne Troka, Lillo Farrauto, Hubert Meens, Dominique Detournay, Marcel Arpots, Pierre-Yves Duchesne, Isabelle Fleur, Jean-Philippe Corre, Suzanne Gari, Isabelle Georges, Nathalie Pâque, Sandrine Diard, Vincent Niclot
   

> lire l'interview de Maury Yeston dans la rubrique Rencontre



> en savoir plus sur Titanic dans la rubrique Grandes œuvres

Une bouleversante réussite


Dès les premières notes de l’ouverture, le ton est donné. On se sent immédiatement transporté par la puissance et le souffle de la musique de Maury Yeston. Et quand le rideau se lève, nous faisons connaissance en quelques minutes avec tous les protagonistes de cette terrible tragédie avec qui nous allons passer plus de deux heures intenses en émotion.


Quand Maury Yeston lui-même affirme que cette production est supérieure à celle de Broadway, pourtant déjà exceptionnelle, il a raison. Déjà l’Opéra Royal de Wallonie, sous l’impulsion de son Directeur général Jean-Louis Grinda, a mis des moyens considérables : plus de 80 artistes sur scène (comédiens-chanteurs et chœurs de l’Opéra) et 50 musiciens dans la fosse d’orchestre, c’est deux fois plus qu’à Broadway !
Les décors d’Eric Chevalier en imposent par leur côté grandiose mêlé à une certaine sobriété, évitant par là le piège du clinquant et du tape-à-l’œil. Soulignons la prouesse de ce génial décorateur qui, avec beaucoup d’ingéniosité, réussit à nous présenter le quai d’embarquement, le Titanic vu de face sur trois niveaux, de profil, le grand salon, le fumoir, le pont promenade, les soutes,…sans oublier le bateau en train de sombrer ! Quant aux costumes de Michel Fresnay, ils sont tout aussi exceptionnels, empreints d’un incontestable réalisme. Et il y en a 250 !

L’histoire, tout le monde la connaît, mais ici elle est particulièrement bien traitée. Pendant le premier acte, on prend le temps de bien connaître tous les personnages, leurs caractères, leurs failles, leurs rêves, leurs blessures. On s’attache à certains, on se surprend à avoir peu de sympathie pour d’autres, comme si on était avec eux sur le bateau. Le final du premier acte (le crash avec l’iceberg) est digne d’un film d’angoisse, oppressant à souhait. Au cours de la deuxième partie la tension est à son comble, la prise de conscience de la gravité de l’accident et le crescendo dans l’émotion jusqu’à l’issue fatale ne laissent personne insensible. On ne peut que saluer ici l’excellente adaptation française signée Stéphane Laporte et Jean-Louis Grinda. Ils parviennent à nous faire oublier sans problème le texte original et rajoutent même quelques mots d’esprit et d’humour bienvenus. Mention spéciale pour l’adaptation des chansons particulièrement difficile à réussir en général: obstacle franchi haut la main par Stéphane Laporte. Quel dommage cependant que pour des raisons techniques les paroles des airs interprétés par l’ensemble du chœur ne soient guère compréhensibles ! Il faut dire aussi que dans ces instants la musique est particulièrement puissante.
La musique de Maury Yeston est incontestablement la grande force de Titanic. Alternant moments d’un lyrisme à vous donner des frissons et mélodies plus intimistes, calmes voire angoissantes, cette partition d’une grande intensité émotionnelle est brillamment servie par l’orchestre de l’Opéra Royal de Wallonie sous la direction efficace de Gilles Nopre.


Et l’interprétation dans tout ça ? La troupe qu’a réunie Jean-Louis Grinda fonctionne parfaitement. On sent qu’il y a une vraie cohésion, une vraie âme, un vrai esprit collectif. Même si on peut regretter quelques faiblesses vocales et une qualité d’interprétation un peu juste de certains artistes dans les scènes de comédie, l’essentiel de la troupe mérite un grand coup de chapeau. Les principaux rôles sont pratiquement tous parfaitement distribués. Tous ces interprètes ont pour la plupart déjà une solide expérience de la comédie et du chant et ça se sent. Il faut vraiment insister sur la performance de certains d’entre eux : Isabelle Georges, Suzanne Gari, Jacques Duparc, Joel Mitchell et Jacques Verzier. Mais ce spectacle révèle aussi quelques jeunes talents très prometteurs pour qui c’est souvent le premier rôle dans une grande comédie musicale et à qui on souhaite un bel avenir : Stéphane Gilles, David Macaluso, Frédérik Steenbrink, Vincent Niclot et surtout le jeune Vincent Heden particulièrement remarqué dans le rôle de Bride l’opérateur radio. Qui a dit qu’il n’y avait pas d’artistes francophones aussi bons dans le chant que dans la comédie en dehors du Québec ?


Jean-Louis Grinda et Claire Servais réussissent à mettre en scène ces 80 artistes avec beaucoup de brio. Leur travail efficace et intelligent donne un résultat convaincant et raffiné qui ne manque pas de classe. Même s’il n’y a que deux tableaux dansés (dont un, sur un air de gigue irlandaise traditionnelle, a été rajouté par Jean-Louis Grinda), l’apport du célèbre chorégraphe Barry Collins mérite d’être souligné en particulier pour le ballet enlevé et entraînant du ragtime. Toute cette scénographie est magnifiquement mise en valeur par les superbes lumières de Jacques Chatelet.


Quand tombe le rideau après le final particulièrement fort, on reste sous le coup de l’émotion et sous le charme de cette fabuleuse aventure humaine qui vient de se dérouler devant nos yeux, pour certains, quelques peu embués. Il n’y a pas de fausse sensiblerie fabriquée dans ce spectacle, tout est vrai et sincère. D’accord on a un peu le torticolis en sortant (beaucoup de scènes se passent en hauteur !) mais on le ressent à peine tellement il nous reste de belles images et de splendides mélodies dans la tête.
Sans conteste, ce Titanic est une vraie réussite. Liège n’est qu’à deux heures et demie de Paris par le train alors pour les fêtes, si vous pouvez vous l’offrir ou vous le faire offrir, n’hésitez surtout pas à faire le voyage, vous ne le regretterez pas. Les occasions de voir une grande comédie musicale populaire de Broadway adaptée en français et réussie sont bien trop rares pour laisser passer une telle opportunité. On en redemande !

Thierry Quinson