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Spéculum (Critique)

Le samedi 8 février 2020 à 17 h 58 min | Par | Rubrique : Actuellement, Critique

Manufacture des abbesses – 7, rue Véron – 75018 Paris
Du 15 février au 21 mars, les jeudis, vendredis et samedis à 19h. Relâches le 27 février et les 5, 6, et 7 mars.

Spéculum – 2021, l’Odyssée du corps des femmes

Une création collective de Delphine Biard, Flore Grimaud et Caroline Sahuquet.
Collaboration artistique : Kelly Rivière.
Musique : Mia Delmae.
Création lumière : Camille Pawlotsky.
Vidéo : Hélène Merlin.

Caroline, Delphine et Flore enquêtent sur la gynécologie, son Histoire et ses histoires. Elles interrogent leur entourage, le corps médical, des journalistes… Elles sont vite submergées par l’ampleur du sujet, la quantité de tabous et de maltraitances. Elles puisent dans les écrits et le parcours de Benoîte Groult pour creuser leur sillon. S’opère alors en elles un véritable éveil au féminisme. L’actualité vient confirmer leurs découvertes et enrichir encore la dramaturgie.
Fausses couches, distilbène, avortements clandestins : une narration kaléidoscope qui oscille entre parole documentaire et autofiction. Le public traverse avec les actrices trois mille ans de fourberies et de tempêtes. Une promenade intense où l’on dévoile une autre nudité avec pudeur, humour et courage.

Notre avis : Ce n’est pas là une œuvre moralisatrice sur le féminisme et c’est tant mieux. La pièce aborde des sujets méconnus, oubliés voire négligés du public et les porte en pleine lumière aux yeux de tous. Les faits sont évoqués avec humour et finesse, et la mise en scène sert le propos de manière plutôt ingénieuse. Le jeu des actrices est détendu et sans artifice — mention spéciale à Flore Grimaud, dont l’interprétation est d’une justesse et d’une honnêteté rares —, et transmet avec efficacité la parole des personnages qu’elles incarnent.

Les trois femmes interagissent régulièrement avec le public ; ainsi le spectateur devient acteur et assiste pendant quelques instants à une conférence qui lui est destinée. Mais, malgré les efforts déployés, la réalité reste difficile à entendre, et le vécu de ces jeunes femmes lourd à digérer. Le distilbène, les fausses couches, les avortements clandestins… tout y passe, et plusieurs siècles de maltraitances et de complications sont exposés en un peu plus d’une heure. La complexité et l’étendue du domaine traité rend par moments la pièce confuse et décousue ; aussi le spectateur cherche-t-il parfois en vain une trame à laquelle se raccrocher ou un personnage à suivre et avec lequel compatir.

Alors que se succèdent les avis médicaux et autres discours de personnalités d’époques, de sexes et de points de vue tout à fait variables, il est impossible de ne pas souligner la quantité d’efforts et les heures de recherches nécessaires à la construction d’un tel spectacle.

Enfin, il importe de noter que cette évocation du passé met en relief les progrès effectués sur la condition de la femme, et que quelques notes d’optimisme auraient été les bienvenues. L’œuvre de ces trois jeunes femmes mérite néanmoins d’être saluée et leurs propos entendus.

©quaerere@jeanlucmaridet

©quaerere@jeanlucmaridet

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