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Stéphane Ly-Cuong – Sourire en coin

Le samedi 1 avril 2000 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Stéphane Ly-Cuong ©DR

Stéphane Ly-Cuong ©DR

Quand Stéphane Ly-Cuong parle de comédie musicale, il entend aussi bien Stephen Sondheim que Chantal Goya ! « Mes émerveillements d’enfants sont liés aux spectacles de Marie-Rose, aux films de Walt Disney et de Jacques Demy » confie-t-il avec le sourire de celui qu’amuse cet apparent paradoxe. Il avoue avoir été durablement marqué par ce cinéma qui « devient encore un peu plus magique dès qu’on y chante et qu’on y danse« . Il y a sans doute puisé son ambition d’en faire un jour sa profession.

Un martien à New York

Il a fait ses études pour apprendre la réalisation à Paris puis New York mais, entre temps, il s’est découvert une seconde passion. « A 18 ans, je suis allé à Londres où j’ai vu coup sur coup Les Misérables et Miss Saigon de Boublil et Schönberg. Quel choc !« . Logiquement, il élargit son horizon musical en écoutant des disques, en allant voir des spectacles. « Par la suite, à New York, j’ai vécu dans une ville où le musical est une industrie reconnue, pas une aberration ! Je pouvais entrer dans un magasin de disques et chercher le rayon ‘comédies musicales’ sans plus passer pour un martien !« .

De retour à Paris où, à l’époque, il n’y avait toujours que l’ « increvable » Starmania, il fait un petit détour par le journalisme et devient entre autres le correspondant français de Playbill-On-Line. Il réalise également quelques films en vidéo avant d’écrire et de réaliser son premier vrai court-métrage cinéma. Choisi avec 12 autres scénarios à la suite d’une sélection dans le cadre de la Mission 2000, il a ainsi pu bénéficier de subventions et d’une structure de production dédiée.

Chanter ses sentiments
La jeune fille et la tortue est film délicat qui rend poétiques les hautes tours du 13e arrondissement. C’est aussi un film rare parce que délibérément à contre-courant d’un cinéma marqué au front par la fracture sociale. « Je rêvais depuis longtemps de mêler des éléments de contes traditionnels – et tout le côté naïf que cela implique -, avec le Nouvel an chinois et la solitude des femmes célibataires de 30 ans. Ces différents éléments ont fusionné pour former La jeune fille et la tortue. Mon héroïne est enfermée dans sa culture, imperméable aux autres. Mais peu à peu, elle va se rendre compte du monde qui l’entoure. Et se réconcilier avec lui. Je sais que la tendance est au réalisme social mais moi, je ne veux pas faire des choses déprimantes. J’ai voulu faire de mon film une respiration, une parenthèse. C’est un peu un OVNI dans la production actuelle« .

Stéphane a pu tourner cet « OVNI » avec un budget très serré grâce à la participation amicale de la plupart des intervenants. « Un ‘court’, c’est le passage obligé pour pouvoir un jour faire un long-métrage. C’est un peu comme une carte de visite« . Et pour lui, quelle carte ! Son scénario a en effet séduit deux professionnels chevronnés qui ont accepté de jouer dans son film : Barbara Scaff et Jérôme Pradon. Il a découvert son héroïne dans la distribution des Misérables au Théâtre Mogador il y a quelques années, avant qu’elle ne fasse la carrière que l’on sait, en particulier au sein de la troupe de Roger Louret. « Barbara a en elle cette nostalgie, et en même temps ce dynamisme, que je voulais donner au personnage« . Quant à Jérôme Pradon, lui aussi était dans les « Miz« . « Pour beaucoup de jeunes artistes, le voir dans le rôle de Marius a été un grand choc. Moi, j’ai tout de suite eu envie de travailler avec lui ». Depuis, Jérôme est devenu le Français le plus célèbre des scènes anglo-saxonnes et partage désormais sa vie entre Londres et Paris. « Je lui avais déjà parlé d’un film que je voudrais faire mais, en attendant, j’ai écrit le personnage du frère de Barbara en pensant à lui« . Un rôle court mais marquant ainsi qu’une très belle chanson. Car, bien sûr, La jeune fille et la tortue est un film musical. Stéphane a écrit les paroles des chansons que Patrick Laviosa a mises en musique. « Dans ma propre vie, j’adorerais chanter mes sentiments ! « .

Le doute du moment où l’on crée…
Depuis sa première en octobre dernier, le film a été projeté dans de nombreux festivals et presque chaque fois, Stéphane se rend sur place pour en parler. « Un film n’est réellement terminé que lorsqu’on a fini de le défendre. Donc, là, je ne fais que commencer ! « , déclare-t-il. Néanmoins, le voilà déjà qui pense au prochain… ou plutôt aux prochains. « Je prépare un long-métrage mais en attendant, je travaille d’abord sur un nouveau court. Il sera plus disco, plus gay mais gardera néanmoins la part d’irréel que lm’on trouvait dans La jeune fille et la tortue. L’écriture est un moment où je doute beaucoup. Après, quand le film est terminé, je suis plus serein parce que de toute façon, ce qui est fait est fait mais là, j’en suis encore à l’instant où un bon choix ou un mauvais choix peuvent faire toute la différence« .

Lors d’une projection récente, commentant la rencontre surprise qui vient clore La jeune fille et la tortue, un spectateur a commenté tout fort dans la salle : « Hé, mais c’est du Disney !« . « D’autres auraient peut-être pris ça pour une critique mais pas moi » explique le jeune réalisateur. Normal pour quelqu’un qui a grandi avec Mary Poppins et Peau d’Ane ! Et de conclure pourtant : « Je ne fais pas vraiment du premier degré. Je ne sais pas si c’est visible mais, derrière la candeur, la naïveté, il y a un petit sourire en coin« . Un petit sourire en coin, c’est tout Stéphane !

La jeune fille et la tortue
Court-métrage musical écrit et réalisé par Stéphane Ly-Cuong.
Avec : Barbara Scaff, Jérôme Pradon, Quang Tri Truong et la voix de Marie-Thérèse Orain.
Musique originale : Patrick Laviosa.

Une jeune femme française, désabusée par la vie et l’amour, mène une existence recluse dans le quartier chionis de Paris. Une rencontre inattendue avec une tortue qui parle lui réapprendra à vivre et à aimer.

Diffusion dans le cadre de l’émission « Libre Court » sur France 3 le mardi 2 mai 2000 après minuit.

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