Street Scene
Le Jeudi 11 juillet 2002 à 0 h 00 min | Par Thanh Than Trong | Rubrique : Shopping
Le rêve américain version Kurt Weill.
Support : DVDGenre : opéra,spectacle musical
Formidable représentation d’une oeuvre méconnue de Kurt Weill (L’Opéra de Quat’sous) dans sa période américaine, ce DVD édité par Arthaus donne à Street Scene une occasion méritée d’une plus large reconnaissance. Co-production américaine (Houston Grand Opera) et allemande (Ludwigshafen et Berlin), l’enregistrement semble réaliser une synthèse idéale du musical américain et de l’opéra européen, dans la foulée d’un autre opéra américain avéré : Porgy and Bess (1937) de George Gershwin.
Sur un livret de Elmer Rice, nous vivons pendant 48h dans une rue populaire de New-York du début du 20e siècle. Au sein d’une communauté d’émigrés récents, Mme Maurrant (émouvante Ashley Putnam) est le sujet de toutes les discussions. Son mari alcoolique et brutal est bien loin de ses aspirations de jeunesse. Elle a le béguin pour un voisin, marié lui aussi, ce qui alimente d’autant plus les commérages. Dans le quartier, l’ambiance est rendue encore plus étouffante à cause de la chaleur caniculaire dont l’évocation revient de facon récurrente dans l’opéra comme un prélude à un orage. Ajoutez-y l’angoisse d’un père qui attend la venue d’un enfant, un jeune étudiant amoureux de la fille de Mme Maurrant, l’oppression sociale, l’espoir d’en sortir et vous avez le cocktail de Street Scene. En bref, il s’agit d’une variante désenchantée du rêve américain, avec ses espoirs mais aussi son cortège d’écueils. La partition est découpée en « songs », comme le pratique Kurt Weill (1900-1950) depuis ses débuts.
La mise en scène de Francesca Zambello (elle fait aussi les beaux jours de l’opéra Bastille) est très lisible et vivante. Elle tire un superbe parti de l’énorme décor réaliste et surtout des multiples talents de ses interprètes. L’action se resserre efficacement sur les scènes de tension ou intimistes, et le clin d’oeil explicite à Broadway apparaît dans les moments d’optimisme. Sur ces bases et en ajoutant encore les sous-titres, la captation vidéo (réalisée apparemment sans public) a une efficacité digne du cinéma hollywoodien des années 40-50. Tout ceci facilite l’accès à cette oeuvre peu connue et pourtant ambitieuse, qu’on est tenté de situer à la frontière du musical et de l’opéra, mais qu’il faut admettre comme inclassable.
