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Sunday In The Park With George – Les tourments de la création

Le mardi 1 avril 2008 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Grandes oeuvres

Affiche de Sunday in the Park with George 2006 à Londres et 2008 à New York ©DR

Affiche de Sunday in the Park with George 2006 à Londres et 2008 à New York ©DR

Principales chansons
Sunday in the Park with George, Color and Light, Finishing the Hat, We do not belong Together, Putting it Together, Move On.

Synopsis
Au 19e siècle, George est un peintre absorbé par son oeuvre. Son principal modèle, Dot, est amoureuse de lui mais il répond tièdement à ses sentiments. Sa priorité reste la grande oeuvre en cours de développement, ayant pour décor l’île de la Grande Jatte. Découragée, Dot annonce à George qu’elle le quitte et qu’elle part pour l’Amérique en emmenant la fille qu’elle a eue de lui. Il ne montre aucune émotion et retourne à ses pinceaux.

Un siècle plus tard, en 1984, un artiste prénommé George présente sa nouvelle oeuvre, en hommage à Seurat. Malgré les honneurs, il traverse une crise d’inspiration. Sa grand-mère lui parle de la principale figure féminine de la peinture Un Dimanche Après-midi sur l’île de la Grande Jatte : il s’agit de son arrière-grand mère Dot. Lors d’un séjour à Paris, George se rend sur l’île de la Grande Jatte. Dot lui apparaît et l’encourage à persévérer dans son art en puisant en lui-même. Elle transmet ainsi la flamme qui animait le George qu’elle avait tant aimé.

Le thème
En imaginant ce qu’aurait pu être la création de la peinture Un Dimanche après-midi sur l’île de la Grande Jatte, Sondheim révèle au spectateur les tourments du créateur. La peinture originale de Seurat a réclamé un travail considérable du fait de sa conception « pointilliste » : des points juxtaposés qui prennent leur couleur et leur forme en se combinant. L’incroyable complexité de l’oeuvre réclame un investissement total de George. Il n’y a pas de place pour le reste, et les proches en pâtissent. C’est le prix minimum à payer pour le créateur qui veut s’accrocher au sommet de son Art.

L’histoire derrière l’histoire
La conception de Sunday in the Park with George vient après l’échec retentissant de son spectacle précédent Merrily we roll along (1981). Sondheim envisageait tout simplement d’abandonner le métier. La rencontre avec le metteur en scène et librettiste James Lapine lui redonne le goût au travail et ils s’accordent sur l’élaboration de Sunday. Après avoir souvent montré une image désenchantée de la société américaine, Sondheim dévoile une part de lui-même et de sa démarche créatrice. C’est ce qui rend l’oeuvre si passionnante et si attachante lorsqu’on connaît la grande pudeur de l’auteur-compositeur.

Sunday est une oeuvre charnière de la carrière de Sondheim. Elle lui a d’abord permis de revenir au tout premier plan après son échec précédent. Mais elle lui a surtout ouvert les portes de l’off-Broadway, et ses petits théâtres, ses structures légères (workshop) qui permettent de mûrir un spectacle avant d’affronter le grand bain du théâtre commercial de Broadway. Par la suite, il continuera à développer ses futurs spectacles sur ce riche terreau. La profonde originalité de Sunday lui a amené le soutien sans faille du grand quotidien New York Times, à défaut d’un réel soutien populaire. A la cérémonie des Tony awards en 1984 (l’équivalent des Oscars pour le théâtre), Sunday a peu brillé en glanant seulement deux récompenses « mineures » (décors, lumières). Il est la victime de l’affrontement entre les tenants d’une certaine « tradition » de Broadway (à travers La Cage aux Folles) et les « innovateurs ». La consécration viendra avec le prestigieux prix Pulitzer d’art dramatique. Ce prix, très rarement attribué à un musical, distingue cette oeuvre brillante, ambitieuse, menant une introspection sans complaisance dans l’esprit d’un artiste. Elle est aussi remarquable par la beauté de sa partition. Certes elle n’est pas d’un accès aisé, mais ceux qui font le pas en ressortent éblouis.

La grande chanteuse Barbra Streisand ne s’est pas trompée sur la profondeur de Sunday. Elle en a repris un des titres phares sur CD (The Broadway Album) et sur scène : Putting it Together. En effet, elle avait adoré cette chanson qui restitue si bien l’atmosphère fiévreuse et laborieuse de la recherche créatrice. Sunday a un statut d’oeuvre culte pour une poignée d’amateurs de Broadway car il a apporté de la noblesse au musical, et à l’Art américain tout entier.

La collaboration de Sondheim avec James Lapine s’étant avérée fructueuse ; ils la poursuivront avec le très accessible Into the Woods (1987) et le sombre Passion (1994).

Pour beaucoup il a semblé que l’intimidant Sunday mettrait une éternité avant de revenir sur scène à New York. Certes, il y a bien eu le concert du dixième anniversaire le 15 mai 1994 avec la distribution originale de 1984. Mais il s’est contenté d’une soirée unique et n’a pas eu de suite. Une décennie s’écoule ensuite avant que le metteur en scène anglais Sam Buntrock initie une reprise rafraîchissante à Londres West End à partir de 2005. Elle rencontre un très grand succès qui la mène au couronnement de cinq Olivier Awards (les Molières anglais) en 2007 : meilleur musical, meilleur acteur, meilleure actrice, décor et éclairages. Avec un tel palmarès, la production est transférée à New York en janvier 2008 pour le grand plaisir des New-yorkais.

Versions de référence

– Le CD de la première distribution de Broadway constitue naturellement THE version de l’oeuvre. Porté par les acteurs-chanteurs Mandy Patinkin et Bernadette Peters complètement investis, Sunday déploie ses magnifiques chansons dans des interprétations de rêve. « Finishing The Hat », « Putting It Together », « Children and Art » ou « Move On » leur sont éternellement attachés. Édité par RCA

– Cette distribution historique a été enregistrée en vidéo (VHS et DVD). Les amateurs de l’oeuvre et de Sondheim feront forcément un détour par cette oeuvre dans sa brillante mise en scène d’origine. Le DVD est disponible en zone 2 (UK) ou en import zone 1 (US). Distribué par Image Entertainement.

– Également très appréciable, pour ne pas dire indispensable : la distribution du renouveau londonien dirigée par Sam Buntrock au Menier Chocolate Factory en 2006, avec Jenna Wilson et Daniel Evans. Édité par PS Classics

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