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Sunset Boulevard – L’enfer d’Hollywood

Le lundi 1 septembre 2003 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Grandes oeuvres

Sunset Boulevard ©DR

Sunset Boulevard ©DR

Musique de Andrew Lloyd Webber
Livret et lyrics de Christopher Hampton et Don Black
Mise en scène originale de Trevor Nunn

Création
A Londres, Adelphi Theatre, le 12 juillet 1993 (1 529 représentations)

A Los Angeles, Shubert Theatre, le 9 décembre 1993 (246 représentations)

A Broadway, Minskoff Theatre, 17 novembre 1994 (977 représentations)

Principales chansons
Let’s have lunch, Every movie’s a circus, Surrender, With one look, Salome, The greatest star of all, Girl meets boy, New ways to dream, The lady’s paying, The perfect year, This time next year, Sunset Boulevard, As if we never said goodbye, Eternel youth is worth a little suffering, Too much in love to care.

Synopsis
Sunset Boulevard, Hollywood. Alors qu’un cadavre vient d’être découvert dans la piscine d’une des superbes demeures qui ornent l’avenue, un jeune scénariste, Joe Gillis, entreprend de raconter les faits avant que la presse ne s’en empare.

Six mois plus tôt, Joe, sans le sou, ne peut même plus payer la location de sa voiture. Il se rend aux studios Paramount dans l’espoir d’y décrocher un contrat mais toutes les portes se ferment devant lui. Seule Betty Schaeffer, une jeune secrétaire, semble s’intéresser à son travail. Assailli par deux hommes de main venus récupérer les clés de sa voiture, Joe s’enfuit et, au terme d’une poursuite sur Sunset Boulevard, trouve refuge dans le garage d’ une étrange demeure.

L’endroit est habité par Norma Desmond, une star du cinéma muet tombée dans l’oubli après l’avènement du parlant, et Max Von Mayerling, son mystérieux majordome. Rapidement Norma propose de payer Joe pour travailler sur le script imposant d’une nouvelle version de Salomé, qu’elle rédige actuellement dans le but de préparer son grand come-back. Confondu par la nullité du projet mais n’ayant rien à perdre, le jeune homme accepte. Très vite, la demeure dans laquelle il est invité à séjourner se transforme en prison dorée. A peine Joe s’est-il absenté pour rejoindre Betty, qu’il se voit réprimandé par Max. Pourtant, touché par Norma qui ne vit plus qu’à travers son passé, Joe se laisse séduire par elle tandis que, de son côté, Norma tombe follement amoureuse de lui.

Le grand jour est arrivé. Suite à un appel de la Paramount, Joe accompagne Norma à la rencontre de Cecil B. De Mille, mais la laisse à l’entrée du studio. L’actrice suscite aussitôt l’admiration des techniciens et figurants, surpris de voir une si vieille légende débarquer sur le plateau. Reçue avec gentillesse par De Mille, Norma croie son heure de gloire enfin revenue. Max réalise alors que le studio n’est pas intéressé par le scénario de l’actrice mais par sa voiture. Il décide de garder le secret. Lassé par cette vie complètement factice, Joe accepte de revoir Betty, à l’ insu de Norma, pour discuter d’un projet qu’elle lui avait soumis quelques mois plus tôt. Leurs rencontres se font de plus en plus fréquentes et les deux jeunes gens deviennent amants. Malgré les efforts de Max, Norma découvre cette liaison et prévient Betty que l’homme qu’elle aime n’est qu’un vulgaire gigolo. Betty pénètre chez Norma et apprend la vérité de la bouche de Joe. Elle le quitte en pleurant.

Ecoeuré par lui même, Joe fait ses valises et décide de quitter Norma. Alors qu’il lui tourne définitivement le dos, celle-ci, dans un élan de folie, l’abat de plusieurs coups de pistolets. Joe tombe dans la piscine, mort. Au petit matin, guidée par Max et mitraillée par les photographes, Norma, qui a complètement perdu la raison, descend les marches de sa demeure, enfin prête pour son gros plan.

Le thème
Adapté du film éponyme de Billy Wilder, Sunset Boulevard a pour cadre l’une des pages les plus noires de l’histoire d’Hollywood. Lorsqu’à la fin des années 20, le cinéma se mit à parler, nombreuses furent les stars choisies pour leur physique mais incapables d’aligner trois mots ou dotées d’une mauvaise voix qui disparurent des écrans et finirent dans la misère.

Chantons sous la pluie de Stanley Donnen et Gene Kelly, sorti trois ans après le film de Wilder, évoque également cette période mais sur le mode humoristique avec le personnage de Lina Lamont dont la voix de crécelle constitue un ressort comique récurrent. En outre, Lina est trop antipathique pour qu’on s’apitoie sur son sort. La vision de Wilder est tout autre. Norma Desmond est un personnage à la fois fascinant et tragique. Et l’interprétation de Gloria Swanson s’avère d’autant plus troublante que l’actrice, elle-même star du muet mise sur la touche après l’arrivée du parlant, joue, d’une certaine façon, son propre rôle. A travers elle, Wilder dresse un portrait acerbe et profondément cynique de Hollywood, usine à rêves qui détruit ses stars aussi vite qu’elle les a créées.

L’adaptation de Webber, Hampton et Black maintient le caractère cynique du sujet à travers le personnage de Joe Gillis, narrateur omniscient de l’histoire, dont la chanson « Sunset Boulevard », écrite sur un rythme frénétiquement jazzy, est à elle seule un sommet. Mais elle en développe surtout l’aspect mélodramatique à travers une utilisation plus romantique de la musique. A une époque où il avait été approché pour l’écriture du spectacle, Tim Rice (Jesus Christ Superstar, Evita) avait posé le problème du peu d’attachement que l’on ressentait pour les personnages. Webber leur compose donc des mélodies au potentiel émotionnel fort de manière à les rendre plus séduisants, voire plus humains. Betty devient ici une véritable jeune première romantique en parfait accord avec la ballade qui lui est allouée («Too much in love to care»). Max est également d’un romantisme sombre et tourmenté avec son hymne à la gloire d’un Hollywood perdu («The greatest star of all»). Quant aux deux grands tubes du spectacle, «With one look» et «As if we never said goodbye», ils rendent émouvante, par leur lyrisme parfaitement assumé, la folie du personnage de Norma, a priori insupportable, comme avait pu le faire «Don’t cry for me Argentina» pour Eva Peron dans Evita.

Norma Desmond rejoint donc Eva au panthéon des grandes héroïnes du théâtre musical dramatique anglais, aux côtés de Grizabella (Cats), Rose Vibert (Aspects of love), Florence Vassy (Chess) et Fantine (Les Misérables).

L’histoire derrière l’histoire
L’idée de transformer l’oeuvre de Billy Wilder en comédie musicale est apparue dès la sortie du film. Il fut même question que Gloria Swanson recréée sur scène le rôle qu’elle avait immortalisé à l’écran dans un spectacle intitulé simplement Boulevard, écrit par Dickson Hughes et Richard Stapley, et au terme duquel Betty retrouvait finalement Joe sous l’oeil bienveillant de Norma.

Fort heureusement, la Paramount, alors détentrice des droits d’adaptation, opposa son veto et le projet d’une version musicale de Sunset passa de mains en mains jusqu’à atterrir dans celles du célèbre Harold Prince, à la fin des années 70. L’heureux producteur à la scène de West Side Story et metteur en scène de Cabaret est alors en pleine préparation d’Evita avec Andrew Lloyd Webber. A cette époque, le compositeur envisage déjà de transposer Sunset à la scène. Ne parvenant pas à se mettre d’accord sur un concept avec Prince, Webber rencontre, par l’intermédiaire de Tim Rice, le jeune dramaturge Christopher Hampton. Il travaille également avec le parolier Don Black, auteur de plusieurs chansons de la série des James Bond et de Tell me on a sunday qu’il vient d’écrire avec Webber. Du fruit de leur travail naît une chanson intitulée «One star» qui va finalement servir de base au «Memory» de Cats.

Il faudra cependant attendre 1989 et la première d’Aspects of Love pour que Lloyd Webber relance l’idée de Sunset. Il recontacte alors Hampton. Celui-ci, devenu mondialement célèbre suite à son adaptation théâtrale des Liaisons Dangereuses et au film qui en fut tiré avec Glenn Close, Michelle Pfeiffer et John Malkovich, accepte d’écrire le livret de Sunset mais réclame néanmoins la collaboration d’un parolier. C’est tout naturellement que Lloyd Webber fait appel à Don Black qui vient de co-signer les lyrics d’Aspects.

Au début des années 70, Webber avait composé une mélodie dont l’inspiration était le milieu du cinéma. Ne sachant trop où caser ce nouveau morceau, le musicien s’en servit comme base pour le film Gumshoe de Stephen Frears dont il écrivait alors la partition. C’est donc dans ce film qu’on reconnaît quelques mesures de ce qui allait devenir non seulement la chanson titre de Sunset Boulevard, mais aussi son thème récurrent.

La première du spectacle eu lieu à l’Adelphi Theater de Londres, restauré pour l’occasion. L’américaine Patti LuPone, célèbre à Londres pour sa création du rôle de Fantine dans Les Misérables qui lui valut un Olivier Award, y interprétait Norma tandis que son compatriote Kevin Anderson, amant de Julia Roberts dans le film Les nuits avec mon ennemi, jouait Joe Gillis. L’équipe technique rassemblait quelques-uns des plus grands noms du théâtre anglais et américain, avec Trevor Nunn (Cats, Starlight Express, Aspects of love, Les Misérables) à la mise en scène, John Napier (Les Mis, Cats, Miss Saïgon) aux décors, Anthony Powell (créateur au cinéma des costumes de Hook de Steven Spielberg et de deux épisodes d’Indianna Jones) aux costumes et Bob Avian (assistant de Michael Bennett sur A Chorus line et Dreamgirls et chorégraphe de Miss Saïgon) à la chorégraphie. La presse fut, très injustement, mitigée à la fois sur un spectacle pourtant magnifique et sur son interprète principale, absolument grandiose. La comparaison avec le film de Wilder eut raison de la relecture proposée par Webber, Hampton et Black. Webber décide alors de repenser le spectacle et Sunset obtiendra sa forme définitive lors de sa première américaine.

Montée six mois après la création à Londres, la production américaine fut réalisée, symboliquement, au Shubert Theater d’Hollywood et non à Broadway. Un grand nombre de modifications furent apportées, en particulier sur l’ aspect visuel du spectacle dont les couleurs chatoyantes initiales s’ estompèrent au profit d’un climat plus noir. Webber avait invité Wilder, présent lors de la première à Londres, à apporter ses propres suggestions. Par ailleurs, un nouveau numéro intitulé « Every movie’s a circus » fut intégré à la partition. Mais c’est bien sûr la star hollywoodienne Glenn Close, alors au faîte de sa gloire, qui allait créer l’événement dans le rôle de Norma. En dépit d’avis toujours aussi mitigés sur le spectacle lui même, Close résistait systématiquement aux critiques les plus féroces. L’aura de l’actrice provoqua un tel raz de marée, que Patti LuPone, dont le contrat stipulait qu’elle créerait le rôle de Norma à Broadway, fut tout bonnement remerciée pour permettre à Close de répéter à New York son triomphe de Los Angeles. LuPone se vit largement dédommagée suite au procès intenté à Webber, tout comme Faye Dunaway, engagée pour remplacer Close à Los Angeles puis renvoyée après quelques jours de répétitions.

A Broadway, Sunset remporta sept Tony Awards, dont celui de la meilleure actrice, du meilleure second rôle masculin, du meilleur musical et de la meilleur partition. Mais le problème posé par le casting de Norma était à l’image de la difficulté du spectacle à vivre sur une longue durée. Qu’importe la mise en scène somptueuse, la musique superbe, ou qui allait jouer Joe Gillis (à Melbourne, il avait les traits d’un certain Hugh Jackman), le public voulait voir une star. Ainsi, l’américaine Betty Buckley, inoubliable interprète de Grizabella dans Cats à Broadway, reçut un accueil bien plus triomphal à New York qu’à Londres tandis que l’anglaise Elaine Paige, véritable légende vivante dans son pays d’origine où elle fut la seule à afficher complet dans le rôle de Norma, précipita l’arrêt du spectacle à Broadway où elle était complètement inconnue. Sunset Boulevard termina sa carrière new-yorkaise au bout de trois saisons et il en fallu quatre pour voir l’arrêt définitif du spectacle à Londres. Ce score, honorable pour n’importe quelle autre production, relégua Sunset au rang d’échec relatif pour l’homme de Phantom of the Opera, et de véritable échec financier pour les producteurs dont l’investissement était loin d’être remboursé. Le décor énorme, dont le superbe escalier qui descendait du plafond, coûtait extrêmement cher. Trop pour qu’une salle remplie à 70% suffise à le rentabiliser.

L’arrêt du spectacle marquait la fin de la suprématie londonienne entamée dans les années 80 avec Cats et Evita. L’échec de Martin Guerre du duo Boublil et Schönberg allait se charger d’entériner définitivement cette période. Depuis Sunset, Webber qui ne rencontre à Londres que des succès mitigés sur des productions plus légères (Whistle Down The Wind, The Beautiful Game), n’est plus parvenu à produire ses oeuvres à New York. Après une première tournée écourtée dans la mise en scène originale (toujours à cause de ce fameux escalier), Sunset partit à nouveau sur les routes et avec succès, avec Petula Clark aux Etats Unis et avec Faith Brown en Angleterre.

Versions de référence

World premiere recording – Polydor, 1993:519 767-2 (avec Patti LuPone, Kevin Anderson, Daniel Benzali et Meredith Braun) Magnifique et incontournable !

American premiere recording – Polydor, 1994:523 507-2 (avec Glenn Close, Alan Campbell, George Hearn et Judy Kuhn) Très différente mais d’autant plus magnifique et incontournable que la partition, cette fois définitive avec l’ajout du numéro « Every movie’s a circus », y est proposée dans son intégralité (la version précédente ne comporte qu’environ 85 % du spectacle).

Deutsche originalaufnahme– Polydor, 1996:531 178-2 (avec Helen Schneider, Uwe Kröger, Norbert Lamla et Barbara Wallner) Il ne s’agit là que des meilleurs moments du show. A écouter pour l’ incroyable Helen Schneider, mais mieux vaut comprendre l’allemand.

Original Canadian cast recording – Polydor, 1995:529 757-2 (avec Diahann Carroll, Rex Smith, Walter Charles et Anita Louise Combe) Là encore, c’est un highlight et il n’est pas franchement indispensable. Diahann Caroll est très bien mais les autres comédiens semblent n’être que de pâles copies de leurs homologues américains.

Beaucoup des stars ayant joué Norma Desmond ont enregistré un single de trois ou quatre extraits du show. Le meilleur reste celui de Betty Buckley, d’autant plus collector qu’il est définitivement introuvable. Et pour cause, il n’a été vendu qu’au Minskoff Theater, lors du passage de la chanteuse dans la version new-yorkaise du spectacle.

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