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Sweeney Todd (Critique)

Le mercredi 27 avril 2011 à 14 h 11 min | Par | Rubrique : Critique, Théâtre musical

Lieu : Théâtre du Chatelet 1, place du Châtelet 75001 Paris
Dates : Du 22 avril au 21 mai 2011
Horaires : 20h
Tarifs : Cat 1 : 111,50 euros, Cat 2 : 89,50 euros, Cat 3 : 67,50 euros, Cat 4 : 46,50 euros, Cat 5 : 30,50 euros
Informations supplémentaires : 01 40 28 28 40

Musique et lyrics : Stephen Sondheim
Livret : Hugh Wheeler
Orchestration : Jonathan Tunick
Direction musicale : David Charles Abell
Mise en scène : Lee Blakeley
Décors et costumes : Tanya McCallin
Chorégraphie : Lorena Randi

Sweeney Todd : Rod Gilfry , Franco Pomponi
Mrs. Lovett : Caroline O’Connor
Johanna : Rebecca Bottone
Anthony Hope : Nicholas Garrett
Le Juge Turpin : Jonathan Best
Le Bailli Bamford : John Graham-Hall
La mendiante : Rebecca de Pont Davies
Pirelli : David Curry
Tobias Ragg, dit Toby : Pascal Charbonneau
Livret basé sur la pièce de Christopher Bond.

Ensemble Orchestral de Paris du 22 avril au 7 mai
puis Orchestre Pasdeloup

Créé à Broadway en 1979 avec Len Cariou et Angela Lansbury, repris récemment (en 2005) avec Michael Cerveris et Patti LuPone, Sweeney Todd, de Stephen Sondheim est une oeuvre qui navigue entre théâtre musical et opéra, voire « dark operetta » ou « movie for the stage » (un film pour la scène) comme le dit parfois son auteur lui-même. Sweeney Todd a d’ailleurs fait l’objet d’une adaptation cinématrographique, réalisée par Tim Burton en 2006, avec Johnny Depp et Helena Bonham-Carter. Sans doute la plus lyrique des œuvres de Sondheim, Sweeney Todd trouve aisément sa place dans une maison telle que le Châtelet, qui prend le risque (et nous offre le privilège) de proposer du Sondheim deux saisons de suite (après A Little Night Music la saison dernière).

Thriller tragique, fable sanglante, comédie grinçante, Sweeney Todd conte le destin d’un barbier assoiffé de vengeance dans le Londres populaire du 19e siècle. Son association avec une piètre cuisinière provoquera une série de disparitions étranges dans le quartier de Fleet Street tout en relançant le commerce de tourtes à la viande de la dame. Sur cette farce cynique, Sondheim a composé une partition riche et dense, inspirée de certaines musiques de films de Bernard Herrmann.

Pour cette production de Sweeney Todd, Lee Blakeley, metteur en scène de A Little Night Music la saison passée, reprend ses fonctions et dirige une distribution composée principalement de noms déjà habitués de la maison : Rodney Gilfry (The Sound of Music) en Todd, Caroline O’Connor et Jonathan Best (On The Town) en Mrs Lovett et Juge Turpin, Rebecca Bottone, Nicholas Garrett et David Curry (A Little Night Music) en Johanna, Anthony et Pirelli, et enfin Pascal Charbonneau (My Fair Lady) en Toby.

Dès l’ouverture, avec ses orgues majestueux et glaçants à la fois, il est impossible de ne pas être pris aux tripes tant par les chœurs que par les solistes. La distribution est particulièrement brillante vocalement. Gilfry, dont on avait peu entendu la voix chantée lorsqu’il incarnait le rôle du Capitaine Von Trapp donne ici toute la mesure de son talent avec un timbre troublant. O’Connor (seule artiste venue du théâtre musical et non du lyrique) allie un abattage et une gouaille jubilatoires. Enfin, les deux jeunes rôles masculins (Garrett et Charbonneau) ne peuvent que séduire avec leurs impressionnantes voix. Seul bémol dans une troupe homogène, la Mendiante (de Pont Davies) qui a du mal à être crédible tant vocalement que physiquement.

Dans cet ensemble tout à fait impressionnant, on peut regretter que la mise en scène et l’utilisation de l’espace soient un brin conventionnelles. La somptueuse partition de Sondheim reste cependant la grande star de la soirée. Elle est ici magnifiquement interprétée par l’Ensemble Orchestral de Paris sous la direction de David Charles Abell. Rares sont les occasions d’entendre des musicals de ce calibre interprétés avec une tel effectif et une telle ampleur. Les morceaux de bravoure avec chœurs triomphants sont tout aussi bien exécutés que les subtils underscores, lancinants.

Reste à souhaiter que ce Barbier de Fleet Street trouve son public à Paris et que le Théâtre du Châtelet continue à nous proposer régulièrement des musicals (et particulièrement du Sondheim) de ce calibre.

En savoir plus sur Sweeney Todd dans la rubrique Grandes Oeuvres.

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11 commentaires
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  1. Effectivement, j’ai trouvé la mise en scène un peu trop convenue et pas assez percutante, malgré quelques bonnes idées (les caniveaux rouges de sang). Le hachoir est tristoune (tant qu’à verser dans le grand guignol, pourquoi ne pas avoir, comme chez Tim Burton, reproduit un engin gigantesque avec des corps entassés dedans ?) ; la fin est ratée, avec les choeurs qui courent, on ne sait pas pourquoi, hors de scène et les deux personnages principaux qui claudiquent pour remonter le plateau et se retourner béats en signe de fin.

    J’ai été un chouia déçu par les voix du jeune couple : Rebecca Bottone s’en sortait beaucoup mieux dans Little Night Music que dans le rôle un peu niaiseux de Johanna (il faut dire que les aigus lyriques supportent mal l’amplification) ; et Nicholas Garrett, en plus de devoir interpréter la chanson que je trouve la moins convaincante de la partition (« Johanna »), ne soutient pas la comparaison avec Pascal Charbonneau, autrement plus vif vocalement et qui a droit à une chanson adorable (« Not while I’m around »). Caroline O’Connor fait un grand show très efficace, mais vocalement trop en décalage avec le style lyrique de ses partenaires : si sa gouaille est bienvenue dans les moments de comédie chantée, on aimerait qu’elle puisse alléger sa voix dans les passages plus tendres, notamment lorsqu’elle se déclare à Sweeney Todd. Rod Gilfry chante merveilleusement bien ; dommage que la mise en scène ne le rende pas plus inquiétant.

    Pour moi, ça reste bien au-dessous de Little Night Music…

  2. Pour avoir entendu les voix en « semi-acoustique » de très près au studio 106, j’ai tendance à confirmer que la sonorisation du Châtelet ne rend pas justice à la beauté et à l’impact des voix de Rebecca Bottone et Nicholas Garrett….

  3. Je ne comprends pas comment on peut trouver des défauts à un spectacle aussi somptueux.
    Depuis la première, je suis déjà allée au Théâtre du Châtelet deux fois et je m’émerveille toujours plus.
    J’ai vu  » A Little Night Music  » l’année dernière. Je l’ai trouvé bien mais j’avoue que j’avais déjà vu mieux à Londres. Certes, c’était un premier pas pour tester le public à Paris. Lambert Wilson et Greta Scacchi ont été corrects car ils sont, avant tout, des acteurs et pas des chanteurs. Les comparer aux grandes pointures de la musique lyrique présents dans la distribution de  » Sweeney Todd  » me semble, pour le moins, stérile.
    Les chanteurs sont tous impeccables. Et curieusement, ceux qui sont critiqués ici sont les plus applaudis par le public.
    Il faut connaître le travail de Stephen Sondheim à fond avant de se lancer dans une critique quelconque. Sondheim a écrit les chansons de Mrs Lovett en pensant à la voix de Angela Lansbury qui n’a jamais été une chanteuse lyrique. Patti LuPone n’est pas une chanteuse lyrique non plus. Donc, le registre de la sublime Caroline O’Connor correspond parfaitement aux exigences du rôle. Et je défie le premier pinailleur à assumer impeccablement un rôle tel que Mrs Lovett en trois semaines seulement.
    David Charles Abell a réussi une fois de plus un travail exceptionnel. Il a un respect infini pour les musiciens et il les remercie chaleureusement à la fin du spectacle. J’étais au premier rang et le voir diriger l’orchestra et les chanteurs a été un moment inoubliable.
    C’est la première fois que je ne dois pas aller à Londres pour voir un spectacle d’un tel niveau artistique.

  4. Tout le monde n’a pas les mêmes yeux, ni les mêmes oreilles… Et c’est cette diversité qui est enrichissante…

    Même si je sais deux ou trois choses de Sondheim, j’avoue avec humilité ne pas tout connaître de son oeuvre ou de ses intentions. Mais, après tout, quand on assiste à une représentation, chacun ressent ce qu’il ressent, sans se demander ce que le compositeur ou le metteur en scène a voulu faire.

    Je ne remets pas en cause le formidable travail qu’a dû accomplir Caroline O’Connor en si peu de temps. Je reste complètement admiratif de son jeu, de sa présence, de son énergie, de son impact comique & loufoque, de ses qualités de diseuse & de chanteuse, de son abattage sur scène etc. etc. et je n’ai jamais pensé ni écrit qu’il aurait fallu confier le rôle de Mrs. Lovett à une chanteuse lyrique. Ce que j’ai écrit plus haut, c’est que j’espérais qu’elle allège un peu son émission dans certains passages pour permettre de découvrir une autre facette du personnage, à savoir son rêve de former un couple avec Todd. Dans « By The Sea », qui est un moment d’évasion, il me semble qu’un soupçon de fraîcheur adolescente est le bienvenu, sinon on peut avoir l’impression que Mrs. Lovett est la mère de Todd.

    Et il va de soi que Angela Lansbury et Patti Lupone sont deux géniales artistes.

  5. Caroline O’Connor n’a jamais été – je cite –  » vocalement trop en décalage avec le style lyrique de ses partenaires  » car le rôle de Mrs Lovett n’a pas été écrit à l’origine pour une chanteuse lyrique.
    De plus, bien avant  » By The Sea « , Caroline O’Connor démontre clairement ses intentions envers Sweeney Todd dans  » Little Priest  » quand elle enlace ses hanches et Todd lui réponds:  » Too salty !  »

    Certes, ce n’est pas indispensable de connaître les intentions de Sondheim pour aller voir une de ses comédies musicales. Par contre, lorsqu’on écrit une critique, il vaut mieux se renseigner d’abord.
     » Sweeney Todd  » n’est pas une oeuvre homogène, linéaire et prévisible où tous les chanteurs sont au même registre. Musicalement, on passe de la musique liturgique à la valse. C’est un véritable trésor à explorer.

    Le travail de Sondheim est  » la substantifique moelle  » citée par Rabelais. Par ailleurs, il y a une excellente video du New York Times en ce moment :

    http://tinyurl.com/2e6vatu

  6. Je n’écris pas une critique ; je ne faisais que laisser un commentaire à un article, sans forcément analyser dans le détail ce que j’ai vu & entendu, ni argumenter sur la base d’éléments liés à la composition. Je livre mes impressions et j’essaye de le faire aussi précisément que possible pour ne pas être mal compris (peine perdue…) ; donc, quand je parlais du décalage entre le style des voix, sachant pertinemment que le rôle de Mrs. Lovett n’a pas été écrit pour une chanteuse lyrique (ça fait partie des deux ou trois choses que je savais de l’oeuvre), j’ai précisé ce que je voulais dire en justifiant, dans la même phrase (qu’il convient donc de ne pas amputer quand on la reproduit, merci), mon impression.

    Encore une fois, même si je prends respectueusement acte de la volonté du compositeur d’introduire un décalage dans le style des voix, je pense avoir le droit de dire que je n’ai pas été totalement convaincu par la façon dont l’artiste que j’ai vue & entendue un soir précis (à savoir, Caroline O’Connor le 25 avril 2011) rend justice à une des facettes du personnage qu’elle est censée incarner à un moment précis. Ce n’est que mon impression et j’ai essayé d’y trouver une raison d’origine vocale ; il y en a sûrement plein d’autres (en particulier, ma subjectivité de spectateur)…

    Je trouve également que « Sweeney Todd » est une oeuvre passionnante par son mélange des genres musicaux et théâtraux. De là à dire ce que représente l’oeuvre de Sondheim, je laisse cela aux experts.

  7. ma petite critique de la piece:
    http://medeeaimelabd.wordpress.com/2011/05/01/sweeney-todd-de-stephen-sondheim-par-lee-blakeley/

  8. Je ne connaissais pas la version du spectacle avec Angela Lansbury, j’avais juste vu le film de Tim Burton il y a de ça quelques mois… J’ai trouvé que la mise en scène du Châtelet était parfaitement réglée, j’ai juste été un petit peu déçu sur les décors qui n’étaient pas très variés. Hormis ca, j’ai beaucoup aimé l’ensemble des comédiens/chanteurs.

  9. Ah et bien sûr j’oubliais l’orchestre et les musiciens qui nous ont fait passer eux aussi un moment magiques !

  10. Pas beaucoup de courage ma chère medee pour envoyer un lien vers votre mauvaise critique (et pas très objective) …. Vous auriez pu avoir la decense de l’écrire ici !
    Moi suis parfaitement d’accord avec la critique de base et j’ai personnelement adore !

  11. Je viens de lire la critique de medee… Critique pas du tout objective, vu qu’elle dit « Je n’aime pas les comédie musicale » !!!
    Apparemment, nous n’avons pas dû voir le même « Musical » et non Comédie Musicale !…
    Bref, ce Musical est un chef-d’oeuvre, que ce soit au niveau de la partition remplie de piège pour un chanteur, au niveau des voix, quel travail !!!… Les voix d’ensemble sont superbes, les voix des chanteurs principaux, une merveille… Monsieur Todd a une voix de baryton glaciale qui correspond au personnage.
    Mrs Lovett, une voix truculente… d’un drôle (dans le jeux, comme dans la voix !)
    Bref, j’ai passé une journée (pour la dernière de Sweeney Todd) magique… Quand j’ai entendu la chanson « Johanna », j’ai fendu en larmes et j’avais la chair de poule (c’est une de mes préférées dans le répertoire du Théâtre Musical !)

    Bref, une merveille qui s’est hélas terminée aujourd’hui, j’aurai tellement voulu le revoir !…

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