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Talking Heads

Le lundi 29 juin 2009 à 13 h 35 min | Par | Rubrique : Critique, Spectacles divers

Lieu : Théâtre Marigny - 1, avenue Marigny 75008 Paris
Dates : Du 12 juin au 18 juillet 2009
Horaires : Du Mardi au Vendredi : 20h30 Samedi : 16h00 et 21h00 - Relâche exceptionnelles le 30 juin, 14 juillet et 18 juillet (16h)
Tarifs : 34€, 28€, 24€ - Frais de locations inclus

talking-headsDe Alan Bennett
Version Française de Jean-Marie Besset publiée aux éditions Actes Sud-Papiers sous le titre Moulins à Paroles.
Mise en scène et costumes : Laurent Pelly
Dramaturgie : Agathe Mélinand
Décors : Chantal Thomas assistée de Natacha Le Guen
Lumières : Joël Adam
Son : Aline Loustalot

Avec : Christine Brücher (Peggy) dans Une femme sans importance
Nathalie Krebs (Rosemary) dans Nuits dans les jardins d’Espagne
Charlotte Clamens (Miss Fozzard) dans Femme avec pédicure

Drôles de d(r)ames…
Après le succès rencontré en mai dernier au Théâtre du Rond Point, le trio de Talking Heads revient sous les feux de la rampe pour une série de trente représentations exceptionnelles au Théâtre Marigny. Un évènement, puisque sans têtes d’affiche, ce spectacle repose sur la qualité du texte, du jeu et de la mise en scène.
Sous le titre original qui regroupe une série de monologues écrits pour la BBC par le dramaturge anglais Alan Bennett, Laurent Pelly porte sur scène trois des sept monologues tragi-comiques que comporte le recueil original, dans une traduction inspirée de Jean-Marie Besset qui transcrit en français cet humour anglais intraduisible et qui nous plongent dans une Angleterre pesante, étouffante à travers le destin de trois femmes de la classe moyenne à l’automne de leur vie.

Des trois monologues présentés à la création en 1993, Laurent Pelly n’a conservé que celui de Peggy, Une femme sans importance. Créatrice du rôle, Christine Brüchner campe avec subtilité le désarroi progressif de cette employée modèle, qui prend au fur et à mesure conscience de sa solitude et de l’indifférence générale à son égard dans un récit glaçant et réaliste.
Les monologues Nuit dans les Jardins d’Espagne et Femme avec pédicure sont en revanche plus fantaisistes mais n’en demeurent pas moins cruels et acides.
Dans Nuit dans les Jardins d’Espagne, Rosemary (Nathalie Krebs), femme mariée, passionnée par le jardinage, se retrouve à aider sa voisine qui vient de tuer son mari. Bonne fille et plutôt serviable, sa vie lui échappe finalement plus qu’elle ne le pense… Une peinture caustique de l’univers conjugual dont la femme fait les frais.
Pour finir, l’énigmatique Miss Fozzard (époustouflante et hilarante Charlotte Clamens), la Femme avec pédicure. Vieille fille psychorigide, qui s’occupe de son frère malade, elle semble ne pas percevoir le lien qui l’unit à son pédicure fétichiste.

Le choix et la succession des monologues opérés par Laurent Pelly est particulièrement judicieux dans la mesure où il opère une gradation inversée dans l’intensité dramatique, du plus noir au plus fantaisiste ;  illustrant parfaitement les fondamentaux de l’humour britannique, notamment l’understatement, qui repose sur l’autodérision et un état d’esprit flegmatique. Les trois comédiennes s’emparent avec talent de la parole de ces femmes, une parole simple, du quotidien. Ce ne sont pas des monologues intérieurs. Il y a un interlocuteur – caméra, confident ? – à qui pourtant elles ne disent pas tout. Seulement des demi-vérités. L’investissement des comédiennes dans le sous texte permet ainsi au spectateur de décrypter et de restituer les moindres signes distinctifs d’un désespoir omni-présent.

Ce sentiment est accentué par la mise en scène et la scénographie inspirées du reportage-documentaire. Avec sa scénographe Chantal Thomas, Laurent Pelly taille dans « la boîte noire » du plateau de manière cinématographique. En cela, le décor de Chantal Thomas inspiré des romans-photos des années 70, est en tout point remarquable.

talking-heads-montage-benguerand

Photo : Brigitte Enguerand

Tout paraît d’une simplicité de conte, comme si nous tournions les pages d’un album. Chantal Thomas a choisi d’évoquer un espace en ne gardant qu’un ingrédient : un lavabo et nous sommes dans la salle de bain, un pan de mur et quelques fleurs et nous sommes devant la maison. La scénographie utilise le spectateur/voyeur comme une caméra. Ainsi, elle nous fait zoomer sur un robinet ou grâce à un système de rideaux, nous propose un travelling en nous faisant passer des toilettes publiques à la machine à café puis au bureau de Peggy et cerise sur le gâteau, elle invite par un procédé étonnant à regarder la scène comme si nous étions collés au plafond.
C’est d’ailleurs tellement réussi que l’on se surprend pendant un instant à une plus écouter le texte !
En coulisses, ce ne sont pas des techniciens qui s’affairent. Ce sont des orfèvres.

Une pièce acide, intelligente, humaine et émouvante à ne pas manquer.

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