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Telly Leung, un rêve américain

Le jeudi 22 mai 2014 à 8 h 25 min | Par | Rubrique : Rencontre

Telly Leung (c) Leslie Bohm

Telly Leung (c) Leslie Bohm

Telly Leung, comment avez-vous débuté votre parcours artistique ?
La musique et le chant ont toujours été des hobbies, mais c’est seulement à partir du lycée que je me suis dit que je pourrais en faire un métier. J’ai donc fait la moitié de mes études universitaires avec un cursus « normal » (tel que l’envisageaient mes parents) et l’autre moitié était consacrée à des formations en théâtre. J’ai obtenu une bourse à l’Université de Carnegie Mellon et mes parents, qui ne pouvaient pas se permettre de me payer ces études, m’ont encouragé à le faire.

Ils souhaitaient vous voir suivre une voie plus traditionnelle au départ ?
Mes parents ont immigré de Hong Kong. Ils sont arrivés à New York avec trois fois rien et ont squatté les canapés de leurs amis à Chinatown. Ils ont travaillé dur et économisé chaque sou pour leur enfant. Ils rêvaient que j’aille à Harvard et devienne médecin ou avocat. Cela ne s’est pas produit… Au début, c’était difficile pour eux de comprendre mon choix. Le rêve américain, pour eux, c’est plutôt un rêve « financier » et ils ne comprenaient pas que le rêve américain, c’est aussi de pouvoir choisir ce que l’on veut être.

Aviez-vous des modèles en termes d’acteurs de Broadway ?
Je suis un grand fan de Betty Buckley [NDLR : Cats, Carrie, Sunset Boulevard…]. Je pense que c’est une artiste exceptionnelle, sa voix est incroyable et vous transperce comme un couteau. En grandissant à New York, j’ai eu la chance de pouvoir voir des spectacles en profitant des tarifs étudiants ou du TKTS [NDLR : kiosque vendant des places de théâtre à prix réduits] et de voir ces artistes sur scène, et les voir redevenir « normaux » dès qu’ils quittent le théâtre. Pour moi, ce sont comme des super-héros avec des pouvoirs quand ils jouent, mais qui se fondent ensuite dans la foule dès qu’ils ont quitté le théâtre. J’admire ces gens-là, aussi bien les stars que les « performers » de l’ensemble.

Et vos spectacles favoris ?
Rent ! J’étais au lycée quand le spectacle a été créé. Avec leur système de billets à 20 $, je crois que le premier été après leur victoire aux Tony Awards, j’ai dû voir le spectacle vingt fois. J’ai dormi dans la rue pour avoir mes billets, à proximité des SDF, à l’époque où Times Square n’était pas encore sûr comme aujourd’hui.
Pour moi, ce spectacle représentait New York, avec sa diversité, aussi bien en termes d’origines, de couleurs de peau ou d’orientation sexuelle et je me disais : il y a peut-être quelque-chose pour moi dans ce spectacle, j’ai peut-être une place à Broadway. C’était en 1996 et dix ans plus tard, en 2006, je me retrouve dans Rent, et c’est comme si la boucle se bouclait.

Pouvez-vous nous parler de cette expérience ?
J’ai joué dans Rent durant ses deux dernières années à Broadway. Quand j’allais voir le spectacle à seize ans, j’étais toujours assis au premier rang, car c’est là que sont situées les places à 20 $. Je me souviens du premier soir où j’ai chanté « Seasons of Love » placé sur cette ligne en avant-scène, et je regardais le premier rang où j’étais assis dix ans plus tôt. Et je voyais un jeune spectateur et je me demandais s’il pensait à la même chose que moi à l’époque. Un autre moment fort, c’est que ma position dans la ligne de « Seasons of Love » était pile en face du siège du père de Jonathan Larson [NDLR : auteur et compositeur de Rent disparu en 1996]. Et je me souviens avoir chanté cette chanson en retenant mes larmes. Je voyais M. Larson regarder le spectacle. Son fils est toujours vivant à travers sa musique, pour toujours.

Vous avez joué le spectacle à Broadway mais aussi en tournée et au Hollywood Bowl.
Oui, et quand j’ai commencé à Broadway, je faisais partie de l’ensemble et j’étais doublure Angel. Quand Anthony Rapp et Adam Pascal sont retournés jouer le spectacle, il y a eu une grande tournée organisée à travers le monde et j’ai eu la chance d’en faire partie. Ensuite, Neil Patrick Harris (qui a créé le rôle de Mark à Los Angeles) l’a mis en scène pour le Hollywood Bowl. Il n’avait que dix jours pour le monter. Il a décidé de mélanger des personnalités qui n’avaient jamais joué le spectacle avec des anciens de Rent et m’a proposé le rôle d’Angel.

Pouvez-vous nous parler d’Allegiance, le musical dans lequel vous êtes impliqué ?
C’est un spectacle sur lequel je travaille depuis plus de trois ans. On l’a créé à San Diego en 2012. Lea Salonga joue ma grande soeur dans le spectacle, et c’est un peu ma grande sœur dans la vie. On n’a pas besoin de jouer ! Mon premier spectacle a Broadway était Flower Drum Song et Lea m’a pris sous son aile. L’histoire d’Allegiance est très poignante, et est librement inspirée de la vie de George Takei [ndlr : comédien notamment connu pour la série Star Trek]. On connaît peu l’histoire des Japonais Américains qui ont été internés dans des camps après l’attaque de Pearl Harbour. Ces gens étaient emprisonnés sous prétexte qu’ils pouvaient être des espions japonais et des menaces pour le pays.
Nous avons eu une belle première à San Diego. Là, nous espérons jouer à Broadway dans un futur proche, en fonction de la disponibilité d’un théâtre et de chacun. Un musical à Broadway prend du temps mais nous sommes déterminés !

A Broadway, vous avez joué des rôles asiatiques (Flower Drum Song, Pacific Overtures...) mais aussi des rôles qui n’étaient pas spécifiquement destinés à des asiatiques (Godspell, Wicked…). Pensez-vous que les mentalités ont évolué à ce sujet ?
Oui, j’ai eu de la chance de pouvoir jouer des rôles dans les deux registres. Est-ce que j’aimerais qu’il y ait plus d’opportunités de ce type ? Absolument. Un exemple parfait de « color-blind casting » [NDLR : une distribution choisie sans tenir compte des origines des comédiens], c’est la dernière production de 110 In The Shade. Audra McDonald [NDLR : actrice afro-américaine] jouait Lizzy et son père était joué par un acteur blanc. Et pourtant, il y avait une telle relation entre ces deux acteurs qu’en tant que spectateur, j’oubliais qu’Audra n’est pas blanche et j’y croyais complètement parce qu’ils sont d’excellents comédiens : on voit un père et une fille, et on comprend. Le théâtre nous fait oublier les couleurs de peau.

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