Thomas Schumacher – « En français, c’est magique ! »
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Thomas Schumacher – « En français, c’est magique ! »

Le Jeudi 1 novembre 2007 à 0 h 00 min | Par Stéphane Ly-Cuong | Rubrique : Rencontre

Président de Disney Theatrical, Thomas Schumacher est celui qui a eu l'idée de génie de proposer à Julie Taymor de mettre en scène Le Roi Lion. A l'occasion de la production parisienne, il nous parle de son expérience avec ce spectacle et de sa vision du marché français.

Thomas Schumacher ©DR

Thomas Schumacher ©DR

Avant Le Roi Lion , quelle était votre opinion du marché français du théâtre musical ?
C’est compliqué, historiquement, les musicals en France n’ont pas le niveau de succès que l’on a pu observer à Tokyo, Londres, Amsterdam ou en Allemagne, ou en Australie. Il y a beaucoup de marchés dans le monde où les musicals sont produits depuis quinze à vingt ans et ont beaucoup de succès. Et vous n’avez pas ça ici.
En même temps, Le Roi Lion est différent, ce n’est pas un musical traditionnel. Si Le Roi Lion est un succès immense ici, ça ne veut pas dire que d’autres musicals vont également avoir du succès. Mais, inversement, si ça ne marche pas, ça ne veut pas non plus dire que les autres musicals ne vont pas marcher. Néanmoins, si ça marche, cela veut dire que les gens peuvent ouvrir leur esprit sur l’opinion qu’ils se font d’une soirée théâtrale…
J’aimerais voir Paris être un nouveau marché pour les musicals. Le Roi Lion est un des plus grands succès de tous les temps, mais ça ne veut pas dire pour autant qu’il changera l’histoire ou qu’il ouvrira un marché à lui seul.

La Belle et la Bête fut le premier musical Disney à être produit à Broadway. Il y a eu ensuite King David (pour quelques représentations) puis Le Roi Lion. Comment est venue l’idée de proposer la mise en scène du Roi Lion à un metteur en scène qui venait plutôt d’un théâtre d’avant-garde ? Ce n’était pas forcément le choix le plus évident.
Oh, c’était très facile. Je n’étais pas impliqué sur La Belle et la Bête quand ça a été créé. Je l’ai managé pendant de nombreuses années mais pas produit. Le spectacle a été produit par le Theme Park Group de Disney et a eu du succès dès les premiers mois. A ce moment-là, le président de la Walt Disney Company m’a demandé, ainsi qu’à mon collaborateur Peter Schneider, de développer la branche théâtre. A l’époque, nous produisions des films d’animation.
Nous avons étudié beaucoup d’idées : l’une d’elles était Le Roi Lion. Michael Eisner a dit que ce serait intéressant de transposer le film sur scène. Je lui ai répondu que ce qui serait vraiment intéressant serait de le transformer en une expérience théâtrale unique. Pour cela, il fallait aller vers quelqu’un qui soit une pure personne de théâtre
Je connaissais Julie Taymor depuis une dizaine d’années. J’ai décroché mon téléphone et je lui ai dit : « je pense que tu serais parfaite pour ça. » Elle est venue de Californie et nous avons commencé à faire des réunions… et voilà ! Et c’était mon idée !

Envisagiez-vous un tel succès ?
On n’anticipe jamais le succès ou l’échec. On anticipe ce qu’on fait, et comment on va le faire. Le succès ou l’échec, on ne peut pas le contrôler.

Croquis pour <i>Le Roi Lion </i>© Disney

Croquis pour Le Roi Lion © Disney

Dix ans après la première à Broadway, quels sont vos souvenirs les plus marquants du Roi Lion ?
J’ai beaucoup de souvenirs du Roi Lion sur scène. Un des plus marquants est la toute première représentation devant le tout premier public. Cela remonte à dix ans, à Minneapolis, dans le Minnesota, dans un théâtre à moitié rempli, où personne ne savait ce que nous faisions. Le numéro d’ouverture commence et c’était déjà un miracle qu’on ait pu aller jusqu’au bout, car on n’avait jamais répété le spectacle en entier. Et au moment où on est passé du numéro d’ouverture – qui est le plus grand tableau du spectacle – au numéro suivant, l’ombre chinoise de la souris – qui est le plus « petit » numéro du spectacle – le public était conquis et a commencé à rire. Puis, il y a eut le son de l’herbe qui pousse. Et j’ai réalisé qu’on était au fin fond des Etats-Unis, devant un public qui n’avait aucune idée de qui était Julie Taymor, mais qui avait totalement accepté cette convention que les personnages puissent être des gens, des marionnettes, des ombres, de la flore, de l’herbe. Et ce moment a été très fort et très émouvant pour moi.

Avez-vous déjà vu le spectacle en français ?
Oui, plusieurs fois. C’est intéressant et palpitant de le voir dans ce lieu car le théâtre est « intime », alors qu’on a l’habitude de le voir dans des lieux immenses. On peut donc voir Le Roi Lion de façon plus intime. Le jeu de comédien est aussi plus intime et j’aime beaucoup ça. Le cast est magnifique à regarder et délicieux à écouter. C’est une troupe fascinante. Mais en termes d’effets comiques, et il y en a beaucoup dans Le Roi Lion, et bien… je n’en ai aucune idée car je ne parle pas un mot de français ! Je parle espagnol, italien… mais pas un seul mot de français ! Donc je ne peux pas juger ce qui marche ou pas. Mais en termes d’expérience théâtrale… c’est Le Roi Lion ! Ce sont les images du Roi Lion, les sensations du Roi Lion, les émotions du Roi Lion… Ce qui est excitant aussi, pour moi venant de New York, c’est de me promener dans Paris et voir une affiche de mon spectacle, puis entrer dans un théâtre et le voir en français. J’ai vu beaucoup de spectacles en français à Paris, et dans le monde entier : il y quelque chose de magique à voir et à entendre un spectacle dans cette langue. Ca peut vous sembler banal à vous, c’est la plus belle langue du monde, et l’entendre sur Le Roi Lion, c’est unique.

Dernière question : si vous deviez choisir un musical de Disney à produire à Paris après Le Roi Lion lequel serait-il ?
Je ne commencerais même pas à spéculer. Ce soir, à Broadway, nous avons Le Roi Lion qui joue et La Petite Sirène en répétitions. Tarzan se joue à Amsterdam, La Belle et la Bête se joue au Japon. Nos spectacles sont partout dans le monde et ce soir, dix-huit spectacles vont se jouer. C’est très excitant mais il faut laisser chaque spectacle vivre sa vie, sans chercher à prédire ce qu’il va lui arriver.

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