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Trio français pour Chicago – Les français envahissent Chicago

Le mardi 1 juin 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Christophe Caballero dans Chicago ©DR

Christophe Caballero dans Chicago ©DR

Quelle impression a-t-on lorsqu’on intègre une comédie musicale américaine comme Chicago ?
Christophe Caballero : Je possède une bonne expérience dans le domaine des comédies musicales américaines transposées en français (La cage aux folles, Singin’ in the rain), et j’ai joué souvent à Broadway. Mais c’est la première fois que je me retrouve à Paris dans un musical dont la mise en scène est à l’identique. A part le prestige et l’honneur de faire partie de cette troupe, cela ne change pas grand chose, si ce n’est le plaisir de découvrir le travail avec des Canadiens, qui parlent très bien anglais. En coulisses, j’ai le sentiment de me retrouver dans un théâtre à New York !

Armelle Ferron : Pour moi, Bob Fosse, c’est le top. Chicago, c’est la comédie musicale comme je l’aime : cynique, élégante. Et je ne parle même pas des chorégraphies. En 1996, à Broadway j’ai fait la queue pendant cinq jours avant d’avoir un ticket afin de voir Chicago avec Ann Reinking. Me retrouver dans ce spectacle mythique, c’est un rêve.

Amélie Munier : Je suis un vrai bébé, je ne réalise pas encore ! Pour moi c’était inimaginable que Chicago vienne à Paris !

Christophe Caballero : J’étais à New York lors de la reprise du spectacle via le concert Encores !, et je n’avais pas l’intention de payer pour voir le show. Du coup, je suis passé à côté et l’ai découvert, quelques mois plus tard, totalement par hasard. Je me suis rendu compte de mon erreur car j’ai adoré ce que j’ai vu ! Après, je l’ai vu à Londres.

Quel est votre point de vue sur la chorégraphie ?
Christophe Caballero : Même si j’admire d’autres chorégraphes, Jérôme Robbins et Bob Fosse les surpassent. J’aime leur manière d’utiliser la danse, ses techniques. Bob Fosse possède une vision pointue, qui va au-delà de la chorégraphie.

Armelle Ferron : La danse intervient toujours de manière intelligente, le mouvement, au même titre que les paroles d’une chanson, permet de faire avancer l’histoire : il n’est jamais gratuit.

Amélie Munier : La chorégraphie ne comble aucun vide, elle a sa place à part entière.

Qu’est-ce qui vous donne le plus de difficultés dans le spectacle ?
Armelle Ferron : J’ai du mal à manier les plumes !

Christophe Caballero : Forcément, elles sont plus grandes que toi !!

Armelle Ferron : J’arrive bien à gérer mon corps, mais les accessoires me donnent du fil à retordre. D’autre part, pour que l’effet soit réussi, tout doit être réglé au millimètre. Une plume qui dépasse et hop, tout le numéro est en péril.

Christophe Caballero : Le plus difficile pour moi est d’être assis pendant des périodes assez longues et d’être, malgré tout, toujours sur le coup.

Amélie Munier : Je parlerais pour ma part de la tension permanente qui sous-tend le show. Nous, les filles, avons beaucoup de numéros sur le fil, qui nécessitent une tension extrême. La conserver avec la fatigue qui s’accumule est difficile. Imaginez le « Cell Block tango » avec des protagonistes molles… C’est inconcevable. Chicago est un spectacle exigeant.

Armelle Ferron : D’autant que l’énergie n’est pas explosive. Tout est très rentré, comme s’il fallait tout centrer sur soi. C’est une énergie permanente, difficile à contenir.

Amélie Munier : Je n’ai pas de souci avec cette énergie. On m’a tellement fait danser des choses que je ne comprenais pas, où l’on m’indiquait juste des pas à exécuter, sans but. Là c’est l’inverse : comme disait Armelle, tous les pas possèdent une signification et cela aide véritablement le danseur. C’est bien plus motivant.

Que pensez-vous de la récente adaptation filmée ?
Christophe Caballero : J’ai aimé le film lorsque je l’ai découvert. Je l’ai revu pendant les répétitions et continue à penser que la transposition au cinéma est réussie. Il était impossible de filmer Chicago tel qu’il est sur scène. Au théâtre, le personnage chante sur ce qui se déroule dans l’action et également sur ce qui se passe dans sa tête. L’idée d’avoir justifié les chansons parce que Roxie les imagine me semble très bonne. C’est d’ailleurs ce qui explique les numéros coupés, qui sortent de ce contexte, comme « Class ».

Amélie Munier : J’adore le film pour sa différence d’avec la scène. Ce sont deux choses très différentes, il faut voir les deux !

Armelle Ferron : Je pense que la vision de Bob Fosse, tout comme ses chorégraphies, manquent à ce film… J’aurais bien aimé qu’il le réalise lui-même. Le numéro « Razzle Dazzle » résume bien ce que je pense du film : on nous en met plein les yeux, c’est tellement riche que l’on ne peut pas tout voir, c’est de l’artifice. Le film est un peu à cette image.

Quel regard portez-vous sur la comédie musicale en France ?
Christophe Caballero : Existe-t-il une comédie musicale en France ? Je n’en suis pas sûr… En tout cas, pas à grande échelle comme outre Manche ou outre Atlantique. Les grosses machines servent essentiellement ici à vendre des disques. J’aimerais que des spectacles comme Créatures soient encouragés. S’il existe un renouveau, c’est dans cette direction qu’il faut aller.

Amélie Munier : Pour moi, la comédie musicale française existe, mais uniquement dans des petites structures.

Armelle Ferron : Ce serait bien si les producteurs désireux d’investir dans le théâtre musical de qualité venaient voir Chicago, afin qu’ils se rendent compte combien le spectacle est complet, avec des musiciens, acteurs, chanteurs et danseurs. L’émotion dégagée se situe sur un autre niveau que celle des gros shows français.

Christophe Caballero : L’éducation française en matière de théâtre musical a de nombreuses lacunes, il aurait été intéressant que Chicago aille en province à la rencontre d’un autre public. La médiatisation télévisuelle fait du mal, au lieu de l’agrandir elle réduit l’horizon des gens en ne leur proposant que les mêmes choses. La promotion se concentre uniquement sur certains gros spectacles.

Amélie Munier : A mes yeux, le public de la comédie musicale comme Chicago reste restreint. Ce type de spectacle ne pourrait pas de toute manière passer par une sur-médiatisation, cela ne colle pas avec l’état d’esprit du show.

Parlez-nous de vos personnages ?
Christophe Caballero : Les filles ont des personnages plus précis que moi, pauvre greffier.

Armelle Ferron : Liz est bien folle. D’ailleurs, l’actrice qui a joué le rôle à Broadway était déjantée et a influencé le personnage… Il faut dire, flinguer un mec parce qu’il fait claquer son chewing-gum, c’est incroyable !

Amélie Munier : Je ne sais pas trop quoi penser de mon rôle. Stacy, de Londres, nous a fait travailler les personnages et a tenté d’adapter chaque caractère à notre personnalité. Lorsque j’ai vu le show dans le West End, ou vu le film, les filles qui ont mon rôle l’interprètent de manière très différente. J’apporte une force fragile, avec un certain humour. De toute manière, toutes les filles dans Chicago sont un peu « barrées ».

Quels sont vos voeux pour la suite ?
Amélie Munier : Encore !!

Armelle Ferron : Que des producteurs s’engagent dans des spectacles du répertoire comme Sweet Charity, Pippin, etc… Plutôt que d’inventer des grosses productions françaises pas toujours convaincantes, penchons-nous sur le répertoire.

Christophe Caballero : Comme il s’agit une coproduction française, cela va sans doute faire bouger les choses. J’adore vivre à Paris, mais à certains moments c’est difficile pour moi de travailler car je suis très spécialisé. Je chante plus et danse moins et ne suis pas trop tenté par les auditions des gros spectacles français qui, en plus, comportent souvent des chorégraphies assez violentes. Alors je me concentre davantage sur des projets personnels comme Etats d’Ame, ou un spectacle solo qui me permettrait d’exploiter mon univers.

Amélie Munier : Pour résumer, nous faisons partie des professionnels qui aimerions ne faire que de la comédie musicale. Le choix des castings n’est pas assez large, du coup, nous sommes obligés d’aller vers des choses qui s’éloignent de nos préoccupations et envies intimes. Nous avons envie d’encourager les producteurs à se lancer dans des spectacles musicaux à taille humaine, dans des salles de théâtre, avec des musiciens et des artistes – et il n’en manque pas en France ! – de manière à transmettre notre passion au plus grand nombre.

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