Recherchez

Vacances et voyages – Le théâtre musical à pied, en train, en bateau…

Le Lundi 1 juillet 2002 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Dossiers

L'été arrive, et l'esprit est aux vacances. On pense au repos, au voyage, à se refaire des forces et un moral. C'est ainsi que loin de chez soi et du train-train quotidien, il arrive parfois des événements extraordinaires capables de changer une vie. C'est la matière de quelques musicals qui pourront vous donner des idées au moment de faire les valises.

Grease à Paris ©DR

Grease à Paris ©DR

Le grand amour rencontré en vacances, voilà le rêve romantique enfoui au fond de nous depuis l’enfance. Le théâtre musical le réalise en ajoutant le zeste de la durée limitée des vacances. Le flirt d’un été introduit Grease (1972) : la jeune Sandy, plutôt fleur bleue, a rencontré le séduisant rouleur de mécaniques Danny. L’idylle a pris fin avec la fin des vacances. Il en reste des souvenirs, évoqués en introduction dans la langoureuse chanson « Summer Nights » interprétée par Sandy avant que les deux ex-tourtereaux ne se retrouvent fortuitement dans le même collège de Rydell. Avec la rentrée, les sentiments ont changé. Il faudra quelques efforts et un spectacle complet, pour que l’amour revienne comme au premier jour. Grease a une tonalité de parodie sur la naïveté des années 1950 qui fait tout son charme. Il en va tout autrement pour l’unique collaboration entre Stephen Sondheim et Richard Rodgers. Ce dernier a longtemps été le musicien attitré de Oscar Hammerstein (Oklahoma, King and I/Le Roi et Moi, The Sound of Music/La mélodie du Bonheur), c’est à dire le mentor de Sondheim. Cette collaboration a un goût amer tant pour son déroulement (les créateurs ne s’entendaient pas) que pour son résultat : Do I hear a Waltz (1965) raconte l’histoire d’une femme déjà mûre qui découvre l’amour véritable au cours d’un séjour à Venise. Hélas pour elle, son amant est déjà marié et leur passion s’avère sans issue (la révolution des moeurs n’avait pas encore eu lieu à l’époque notamment en Italie). Plus heureuse est l’histoire de Brigadoon (1947) dans laquelle un touriste américain, en vacances en Ecosse, rencontre une jeune femme mystérieuse venue… d’un autre siècle. Dans la comédie musicale, l’amour triomphe de l’éloignement géographique et de la différence d’époque…

Écrite par Sondheim à nouveau, A Little Night Music (1973) réunit dans un château au XIXe siècle des hommes et femmes d’âges et de positions sociales variés. Le temps d’un week-end à la campagne, ils vont laisser libre cours à leurs véritables sentiments pour leur satisfaction ou une désillusion. Dans l’accueillant domaine de madame Armfeldt, les protagonistes baignent dans une atmosphère d’abandon aux émotions (abandon mesuré quand même, on est dans le beau monde). Après un long chassé-croisé, les masques finissent par tomber et les couples véritables se forment en dépassant les convenances sociales. Voilà exposées là les belles vertus de l’air pur et de la retraite hors de la ville.

Le théâtre musical s’adonne peu au simple farniente. Avec une histoire se déroulant dans un hamac sous un arbre, ou sous un parasol sur la plage, l’efficacité dramatique n’y survivrait pas. Les vacances, les voyages sont plutôt vus comme une source de régénération. A l’image de nos expériences personnelles, on peut rentrer complètement transformé d’un congé vécue comme une portion de vie entre parenthèse. Les rencontres prennent à l’occasion une dimension extraordinaire. Ces rebonds de vie forment un ressort dramatique précieux car derrière le calme apparent se dissimulent des événements profonds et inattendus.

Cette idée de régénération après épuisement, l’auteur-compositeur Maury Yeston l’a tentée dans Nine (1982 – version française en 1997) tiré du film 8 1/2 de Fellini. Ici c’est un réalisateur de cinéma Guido Contini, en peine crise maritale, affective et artistique, qui s’offre un séjour dans une station thermale. En fait de repos, il va sombrer dans un désordre personnel encore plus grand. Ce simple séjour ne lui suffit pas pour réparer une existence qui se fissure. Il aura cependant accéléré la maturation vers un vrai esprit d’adulte, le véritable remède à sa lâcheté récurrente. Les admirateurs de Maury Yeston auront noté sa prédilection pour les personnages extirpés hors du quotidien, mis au repos ou en voyage. Après le Nine qui l’a révélé, il a écrit Grand Hotel (1989) et Titanic (1997). Le Grand Hôtel et le fameux paquebot sont des lieux de transit avant une prochaine étape d’existence au propre et au figuré. Les clients comme les passagers forment une foule bigarrée de gens plus ou moins cabossés. Ils se préparent à des lendemains meilleurs grâce au séjour hôtelier ou la traversée de l’Atlantique. Toutefois, les espoirs ne se réalisent pas tous.

Les bateaux et surtout les paquebots de croisière ont inspiré de nombreuses autres comédies musicales. Un lieu fermé, des célibataires, le soleil, les vacances… l’amour… Tels sont les ingrédients de Anything Goes (1934), Gentlemen Prefer Blondes (1949) ou encore Sail Away (1961). Les paquebots se révèlent être de parfaits terrains de chasse pour croqueuses de diamants, écrivains en mal d’amour ou gangsters en cavale.

Qui dit vacances dit moyen de transport. La bicyclette (avec Paulette) a déjà fait l’objet d’une chanson interprétée par Yves Montand. A côté du bateau évoqué plus haut (Titanic), le théâtre musical aime aussi les chemins de fer. Starlight Express (1984) montre des artistes montés sur des patins à roulettes pour figurer des trains. On the Twentieth Century (1978) se déroule dans un train (comme Titanic se déroulait sur un paquebot). Et la voiture a droit à son heure de gloire pour des voyages fantastiques dans Chitty Chitty Bang Bang (2002), tiré du célèbre film de 1968. Elle virevolte dans les airs, et se meut sur les eaux offrant une merveilleuse aventure aux jeunes enfants Jemima et Jérémy.

Formidable avancée sociale, le droit aux congés a trouvé son expression au théâtre sous des formes diverses qui partagent cependant un point commun : le décalage salutaire vis-à-vis du quotidien ressenti comme usant. Le remède à la grisaille journalière se trouverait dans les voyages. En effet ils enseignent comment prendre la vie par un autre bout. Bel enseignement pour nous tous, il nous reste à le méditer sur la plage ou à la montagne, loin du boulot et du métro. Et à espérer que du merveilleux peut survenir.

Liste des oeuvres citées
Grease (1972). Musical de Jim Jacobs et Warren Casey (musique, lyrics, livret).
Do I Hear a Waltz (1965). Musical de Richard Rodgers (musique), Stephen Sondheim (lyrics) et Arthur Laurents (livret).
A Little Night Music (1973). Musical de Stephen Sondheim (musique et lyrics) et Hugh Wheeler (livret).
Brigadoon (1947). Musical de Frederick Loewe (musique) et Alan Jay Lerner (lyrics et livret).
Anything Goes (1934). Musical de Cole Porter (musique et lyrics), Guy Bolton, PG. Wodehouse, Howard Lindsay et Russel Crouse (livret).
Gentleman prefer Blondes (1949). Musical de Jule Styne (musique), Leo Robin (lyrics), Joseph Stein & Anita Loos (livret).
Sail Away (1961). Musical de Noel Coward (musique, lyrics et livret).
Nine (1982). Musical de Maury Yeston (musique et lyrics), Arthur Kopit et Mario Fratti (livret)
Grand Hotel (1989). Musical de Robert Wright & George Forrest (musique et lyrics), Maury Yeston (musique et lyrics) et Luther Davis (livret).
Titanic (1997). Musical de Maury Yeston (musique et lyrics), Peter Stone (livret).
Starlight Express (1984). Musical de Andrew Lloyd Webber (musique), Richard Stilgoe et Don Black (lyrics)
On the Twentieth Century (1978). Musical de Cy Coleman (musique), Betty Comden & Adolph Green (lyrics et livret).
Chitty Chitty Bang Bang (2002). Musical de Richard M. Sherman & Robert B. Sherman (musique et lyrics), d’après Ian Fleming.

Partager cet article

  • Facebook
  • Google Bookmarks
  • MySpace
  • RSS
  • Twitter

Laisser un commentaire