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Véronic DiCaire – Une Roxie dynamique et séduisante

Le jeudi 1 avril 2004 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Veronic DiCaire ©DR

Veronic DiCaire ©DR

Quelle artiste êtes-vous ?
Tout d’abord, au Québec je suis avant tout chanteuse. Mon premier album éponyme vient de sortir. La danse et le jeu sont arrivés grâce à la comédie musicale. J’ai eu la chance de jouer Sandy dans Grease. Cela m’a permis d’explorer un peu ces deux territoires. Toutefois le personnage est moins présent que Danny ou Rizzo. J’ai donc eu le sentiment de n’avoir que goûté à la danse et la comédie. Comme un amuse bouche. Pour Chicago, je suis passée à la vitesse supérieure : ce spectacle constitue le plus grand défi à ce jour en matière de comédie musicale ! Dès le début, j’ai eu pour objectif que les disciplines soient mêlées et paraissent naturelles, de manière à ce que le public pense que j’ai fait cela toute ma vie. J’avais en face des danseurs professionnels, il fallait que je me mêle à eux sans être ridicule, je ne voulais pas qu’ils voient que j’avais travaillé dur pour arriver à égaler mes partenaires.

Je dois dire que nous avons eu des maîtres comme coachs. Ils nous ont vraiment fait découvrir la chorégraphie, la mise en scène, de manière très précise. Je respecte énormément Scott Faris, le metteur en scène, qui a pris le temps de vraiment nous former. Il m’a montré qui était Roxie. Un privilège et un honneur de travailler avec cette équipe. Pour les chorégraphies, Gary Chryst fut notre mentor. Il a travaillé avec Ann Reinking qui a collaboré, tout comme lui, avec Bob Fosse : quelle filiation !

Combien de temps avez-vous répété ?
Les représentations ont eu lieu l’été dernier à Montréal. Nous avons eu environ sept semaines de répétition. Ce qui est rare chez nous. Cela peut paraître peu de temps, mais il faut savoir que tous les jours, sauf le dimanche, nous étions du matin au soir à travailler. J’avais presque le sentiment d’être de nouveau l’écolière qui va à son cours de danse, de théâtre… Tout cela était assez exceptionnel et nouveau pour moi. J’ai adoré prendre mon temps pour découvrir le personnage, m’interroger, travailler.

Comment aborder un tel rôle ?
Au début, j’avais une image préconçue du personnage comme étant la blonde typique, un peu naïve qui ne savait pas trop où elle va. En étudiant le personnage avec Scott, je me suis vite rendu compte qu’elle sait très bien ce qu’elle veut, elle n’est pas si timorée qu’elle en a l’air. Elle a des hauts et des bas, même à l’intérieur d’une scène, ce qui est très plaisant à jouer. Elle peut demander à son mari de l’argent très gentiment et devenir garce immédiatement après. Elle change d’attitude d’une seconde à l’autre. J’ai abordé le rôle tranquillement, en faisant confiance au metteur en scène qui savait où Roxie devait se rendre. Avec lui, nous avons exploré ce qui devait ressortir de mon interprétation. Il ne faut pas penser qu’il formate toutes les « Roxie » dans le monde : chaque interprète apporte sa touche personnelle. Une ligne directrice est établie, ensuite à nous de nous laisser aller. J’aime beaucoup Roxie, c’est un très bon personnage à jouer.

Quel fut votre credo avant le spectacle ?
Un seul mot d’ordre : de toujours jouer vrai. A Montréal on commence uniquement à aborder les comédies musicales américaines. On s’imagine quand on les voit que tout est exagéré, qu’il faut caricaturer les personnages afin que le public comprenne. Bien au contraire, nous choisissons de jouer vrai. Le public le ressent directement. Nous voulons que les gens comprennent et aiment nos personnages avec leurs défauts et leurs qualités.

En tant que chanteuse, comment avez-vous abordé les chansons ?
D’une part, j’avais eu l’opportunité de voir Chicago sur scène. D’autre part, j’ai eu la chance de faire la voix chantée française du film [NDLR : au Canada, les chansons étaient également doublées, ce qui n’était pas le cas en France]. J’ai donc doublé Renée Zellweger dans toutes ses chansons. Bien entendu, cela m’a un peu influencée pour jouer le personnage, mais j’ai tenu à aller chercher mon inspiration de ci, de là. De même lorsque je suis retournée voir le spectacle à Broadway, je m’en suis inspirée car les lignes directrices sont les mêmes, mais là encore, j’ai fait ma petite cuisine personnelle. J’ai tenté de partir de zéro.

Quelles furent vos impressions de spectatrice ?
Lorsque j’ai découvert Chicago en 1998, j’ai tout de suite adoré. J’avais entendu quelques extraits à la télévision qui m’avaient plu. Voir la comédie musicale sur scène m’a transportée. Ce côté minimaliste, qui laisse l’imagination du spectateur en éveil me plait. J’aime ces sortes de flash-photo que l’on présente aux gens. Les lumières sont extraordinaires. C’est un spectacle qui stimule l’esprit : tellement de choses se passent en une seule scène qu’il faut se concentrer sur la pièce. J’aime également cet aspect faussement léger. Tous ces éléments m’avaient surprise. Voir et revoir Chicago permet de s’apercevoir de tout ce qu’on a loupé la première fois : il s’en passe pendant 2h30 ! C’est un spectacle riche. J’avais adoré les costumes, le fait de représenter de manière contemporaine les vêtements des années 20, que les filles dans la prison évoquent un bordel des années 30, mais avec un twist contemporain. Voir les musiciens sur scène est extraordinaire. Impossible d’imaginer une bande sonore. J’aime Chicago pour son sarcasme, son cynisme et un côté immoral. Partout dans le monde, le spectacle remporte un grand succès. Ce n’est pas pour rien : je pense qu’on peut trouver des histoires parallèles à celles de Roxie et Velma au quatre coins du globe. Ces filles qui s’en sortent grâce à la manipulation des médias…

Comment se passe votre vie à Paris ?
Je m’aperçois que, même si je ne dois pas m’infliger une discipline trop contraignante, j’ai besoin d’avoir des repères. Comme je m’endors tard, je me lève tard, si possible sans réveil. Je protège mes cordes vocales un peu sensibles en évitant de trop parler durant la journée. Je profite de la ville, en étant résidente et non pas visiteur. C’est génial. J’arrive toujours au théâtre vers 18h30 pour sentir la salle. J’aime être ici, c’est un cocon assez fermé. Le spectacle est très exigeant physiquement, je m’ordonne donc des exercices, un petit repos avant le show. Une petite routine s’installe, mais dans le même temps, il ne faut pas trop « capoter » comme on dit chez nous !

Qu’est-ce qui vous semble le plus difficile dans le show ?
Je parlerais davantage de défi que de difficulté. Il consiste à se remettre à zéro pour chaque représentation et redécouvrir les paroles, les chansons comme si on ne les avait jamais chantées. Je ne dois pas prendre pour acquis ce que j’ai fait la veille et tenter d’évoluer avec ce personnage sans rentrer dans un moule, jouer sur « pilote automatique ». Découvrir ce qui peut alimenter le personnage. Une petite étincelle me fait systématiquement réaliser quelque chose sur Roxie. Par exemple, lors de la dernière représentation, nous avons failli avoir un fou rire avec Stéphane Rousseau dans une scène pourtant très intense. Le rire peut être très près de cette intensité. J’étais dans l’agressivité et j’ai buté sur mon texte. C’est la première fois que cela nous arrive et, du coup, j’ai pris conscience du côté ténu entre le jeu et le rire : on peut vite se laisse entraîner, il faut faire attention. Tout est en direct, il faut l’assumer car n’importe quoi peut arriver. Ces petits accidents font partie du plaisir de ces spectacles. Comme expérience de comédie musicale, avec un rôle aussi intense que celui de Roxie Hart, je pense que j’aurais du mal à m’engager dans un spectacle musical plus léger… La barre est fixée très haut.

Que pensez-vous de Bob Fosse ?
Un génie. Je ne connais pas bien la danse puisque je n’ai pas eu de formation en ce sens, je ne pourrais pas vous parler des techniques qu’il utilise, mais j’ai remarqué que chez lui le minimalisme devient redoutablement efficace. On parle d’un « mouvement à la Fosse », cela veut tout dire. J’ai répété énormément pour y arriver. Pour le chorégraphe comme pour moi, ce fut très émouvant le soir de la première représentation de voir que, en partant de si loin, j’ai pu arriver à danser Chicago. Je ne pouvais pas croire que j’avais atteint ce niveau. J’en tire une certaine fierté !!

Les réactions du public canadien et français diffèrent-elles ?
J’ignore si cela a un rapport avec la traduction ou avec les gens. A mes yeux, le public français est très différent. A Montréal, nous avons un côté très latin, expressif, gestuel. On ne se gêne pas pour se lever. Ici, le public est très attentif à tout, et particulièrement au texte. Cela fut impressionnant pour nous. Je me souviens du premier soir au Casino de Paris, nous étions tous à l’arrière scène durant le spectacle à nous angoisser : « est-ce qu’ils aiment ou pas ? ». A la toute fin, nous avons su que nous avions conquis notre salle, mais nous n’avions pas pu le savoir avant. Les applaudissements sont généreux et chaleureux, on le sent. Mais les réactions pendant le spectacle sont moins marquées que dans mon pays. D’ailleurs, les réactions sont différentes : en France, on rit à des scènes qui laissaient les spectateurs canadiens impassibles et réciproquement. J’aime le public français, j’avais hâte de le rencontrer.

Le public français a moins la culture de la comédie musicale…
Il est vrai que pendant les deux premières scènes, on ressent un étonnement de la part du public français. Voir une scène épurée, les musiciens. Des chaises et des lumières comme accessoires puis les protagonistes. Dès la troisième scène, le public est embarqué, il s’est laissé apprivoiser. Même chez nous, où nous connaissons un peu mieux la comédie musicale anglo-saxonne, traduire les pièces ne va pas de soi. D’ailleurs j’avais une crainte pour Chicago : le défi est de taille pour garder cet état d’esprit, cette dureté. Je lève mon chapeau à Laurent Ruquier pour son adaptation.

Quel est votre univers musical personnel ?
Il est très différent de ce que je vis avec Chicago. Depuis petite, j’ai été marquée par La Mélodie du Bonheur à la télévision, j’ai joué à chanter dans les champs comme Maria ! A tous les Noëls, il ne fallait pas louper Mary Poppins, quelque chose de magique, de féerique se dégageait des comédies musicales. J’aimais mélanger la chanson et le théâtre dans mon enfance. En tant que chanteuse, mes envies vont vers le rock folk. Je travaille sur un second album qui sera peut-être le premier qui sortira en France. Il ne faut pas se voiler la face : chanter actuellement à Paris me permettra peut-être de percer ici, ce serait un rêve pour moi. En revanche, je ne sais pas si je pourrai continuer à chanter en français dans des comédies musicales.

Les producteurs de Broadway sont venus à Paris ?
Oui, le producteur de New York est venu nous voir. Il nous a complimentées, Terra et moi. Ce qui nous a beaucoup touchées.

L’après Chicago ?
Avec mes deux albums, j’aimerais faire un spectacle, des tournées. Je ne dis pas toutefois que je ne remonterai pas sur scène, l’expérience de Chicago fut d’un tel niveau que cela donne envie de retenter quelque chose. D’ailleurs, si on m’invite sur Broadway pour faire Roxie en anglais, je n’hésiterai pas un quart de seconde.

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