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Victor Bosch – La production comme une passion

Le mercredi 1 mai 2002 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Victor Bosch ©DR

Victor Bosch ©DR

Parlez-nous de votre conception de la comédie musicale ?
La découverte des comédies musicales en France, mis à part Starmania puisque le contexte était différent, s’est faite avec Notre Dame de Paris. Je peux vous en parler en connaissance de cause puisque j’étais le co-producteur de cette opération. Au tout début, nous nous étions placés dans une exploitation large (en choisissant le Palais des Congrès) dans un temps restreint. Comme il n’y avait pas de précédent, on a véritablement tout misé sur ce spectacle, ça passe ou ça casse. Au vu du succès et de ses conséquences, comme la création d’autres spectacles musicaux, j’ai constaté l’émergence d’un nouveau public, qui s’intéresse à une nouvelle forme de théâtre musical. En effet, nos spectacles français n’ont rien à voir avec les oeuvres anglo-saxonnes. Ces dernières sont plus « classiques », s’apparentant davantage à ce qui se faisait dans le temps au Châtelet, dans un style un peu « old fashioned ». Certes, ce sont les racines qui nous ont tous nourris, mais inventer autre chose nous semblait indispensable. En fait, nous traitons le genre comme un spectacle plus total, où la comédie musicale fait davantage la place à un grand chanteur, en référence aux grands shows de vedettes comme Michael Jackson ou Madonna, avec des choses visuellement assez fortes. Un peu comme si la chanson variété rock était poussée à l’extrême, se mêlant avec la forme de la comédie musicale. L’histoire au service de plusieurs chanteurs.

J’ai donc eu envie de continuer dans ce domaine nouveau qui intéresse jusqu’aux anglo-saxons. Ils apprécient cette nouvelle façon de chanter, plus rock, avec un micro de variété, en bref d’une façon beaucoup plus moderne. Le Petit Prince est à la base une oeuvre fragile, une sorte de porcelaine. Nous devions faire un spectacle émotionnel, bien conçu. Je ne me voyais pas le faire ni au Palais des Sports ni au Palais des Congrès, mais dans un vrai théâtre, avec un rapport salle/scène beaucoup plus proche. Nous ne sommes pas dans un concert de rock. Nous laisserons au public le temps de s’approprier cette nouvelle vision de l’oeuvre. Nous avons donc choisi le Casino de Paris et ses 1400 places, nous pensons que le rapport salle/scène donne les moyens d’exploiter ce spectacle dans de bonnes conditions. N’oublions pas que les impératifs financiers nous contraignent à jouer dans une salle de plus de 1000 places.

Y aura-t-il des musiciens sur scène ?
Le principe de la bande son sera reconduit. Ce choix se situe au-delà d’un coût financier, même s’il est à prendre en considération. Nous voulons conserver ce côté très moderne des arrangements que seul le studio permet. A moins d’installer un studio dans le théâtre, il est impossible d’obtenir avec des musiciens jouant en direct le même résultat. Les nouvelles technologies permettent d’obtenir des bandes son avec des climats très spécifiques dans un mode de production musical plus sophistiqué. En revanche, les chanteurs chantent bien entendu en direct.

Voilà bien une différence notable avec les anglo-saxons ?
La comédie musicale anglo-saxonne existe depuis tellement longtemps qu’ils ne pensent pas à remettre cette partie en question. Comme leurs musiciens sont sur scène depuis des années, il est normal que les syndicats se soient créés pour les défendre. Maintenant, les productions sont un peu prises à leur propre piège. La création n’est pas la même. Il est vrai que lorsque Notre Dame s’est exporté, nous avons été les seuls à obtenir une dérogation du syndicat qui nous a permis de montrer le spectacle avec une bande son. Pour moi la période musicale anglo-saxonne est révolue. Ce sont deux conceptions différentes. L’une est classique, l’autre – la nôtre – s’appuie plus sur le monde des DJ, des arrangements modernes.

Etre producteur de spectacle musical implique-t-il un autre engagement ?
Ces aventures musicales m’ont permis de retrouver la fougue de mes débuts. J’étais chargé de production pour des opéras, soit un spectacle total : orchestre, musique, chanteurs, décors, effets spéciaux, etc. Lorsque j’ai monté le projet Notre Dame de Paris, quelque chose que j’avais oublié depuis très longtemps : le principe de la création, est revenu en force. Souvent un producteur se contente de mettre en place un système pour donner à l’artiste le moyen de développer ses propres idées. La comédie musicale exige un engagement plus fort de la part du producteur, qui participe aux différentes étapes et se mêle de la création. Comme pour un producteur de cinéma, mon rôle implique « d’entrer dans l’artistique ». C’est un apport nouveau qui a ses exigences : les connaissances financières ne suffisent pas, il faut avoir, en toute modestie, des notions artistiques. Je n’hésite pas à dire que ces spectacles musicaux m’ont donné une seconde vie. Les perspectives sont différentes, elles vous poussent à vous ouvrir à d’autres facettes de votre métier, plus excitantes.

Avant Notre Dame de Paris, quel était votre regard sur le musical international ?
La comédie musicale m’intéressait énormément. Je suis un grand fan du Fantôme de l’Opéra, des Misérables, de Miss Saigon. Aujourd’hui la production du Roi Lion me séduit. Visuellement, c’est époustouflant. Ressentir de grandes émotions, c’est ce que j’attends d’un spectacle. Ma curiosité est sans limite. J’aime beaucoup la danse contemporaine. Je suis ravi que le grand public découvre Pina Bausch grâce à Parle avec elle, le superbe film d’Almodovar. Dans le même sens, j’aimerais intégrer des formes artistiques innovantes dans les spectacles musicaux français. C’est ce que nous avons fait avec Notre Dame de Paris qui bénéficiait d’une chorégraphie très soignée et inattendue, signée par un élève de Jerry Kilian. Le mur d’escalade dessiné par un décorateur d’opéra, a surpris tout le monde. Alors que c’est le type de décor qui est courant dans les mises en scène de Bob Wilson.

Dans le Petit Prince, nous irons plus loin, ou autrement, de manière à amener des choses que j’estime peu connues du grand public mais qui me semblent importantes de lui faire découvrir. Les gens ont le sens de l’émotion et de la qualité, je ne veux pas les décevoir.

Où en êtes-vous de la préparation du Petit Prince ?
Le casting est terminé. La distribution est jeune, volontairement. Cela colle et avec notre société et avec l’oeuvre de Saint Exupéry, que je respecte énormément. Mon désir est de faire un travail très fort émotionnellement, visuellement formidable, et qui donne envie à ceux qui connaissent l’oeuvre de la redécouvrir avec un nouveau regard et ceux qui ne la connaissent pas de se plonger dans son univers superbe. Tout a été fait avec une grande modernité, ce qui ne veut pas dire modernisme désuet. Chacun travaille et donne le meilleur de lui pour servir cette oeuvre magnifique, qui a marqué tellement de lecteurs. Le découpage, destiné à sélectionner les parties du texte qui nous semblent essentielles, a demandé beaucoup de travail. Cette étude littéraire nous a permis de voir comment concentrer le livre sans le trahir. La magie du théâtre sera au rendez-vous, vous pouvez me faire confiance.

Beaucoup de spectacles musicaux se partageront l’affiche…
Il y a de la place pour chacun. Je pense avoir la chance d’avoir une perle entre les mains, je suis ravi de pouvoir la présenter au public. Le Petit Prince est à part de tout ce qui s’est fait jusqu’à présent dans le théâtre musical français. C’est un nouveau défi. Ce spectacle, nous l’espérons, inspirera autant de créateurs dans la nouvelle direction que nous voulons lui donner, que Notre Dame de Paris en son temps.

Quel est votre sentiment sur l’émergence de petits spectacles musicaux ?
J’en suis ravi. Je pense que plus il y a de créations, plus les gens s’intéressent à une forme d’expression particulière, plus c’est formidable. Regardez le mouvement pop : il a donné naissance à d’immenses talents. Le nouveau théâtre musical ne peut qu’engendrer des vocations, ce qui me réjouit. L’imaginaire ne doit pas s’arrêter, je reste à l’écoute…

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