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Vincianne Regattieri – Vincianne décrasse son Shakespeare !

Le vendredi 1 février 2002 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Talent à suivre

Vincianne Regattieri ©DR

Vincianne Regattieri ©DR

Vous avez déjà derrière vous un joli parcours de comédienne-danseuse-chanteuse, quels sont les spectacles qui vous ont le plus marqué ?
Kiss Me, Kate à Mogador, adaptée et mise en scène par Alain Marcel, c’était ma première comédie musicale, j’en garde un énorme souvenir. Nine, incontestablement, aux Folies Bergère où je jouais un contre-emploi, une critique de cinéma très méchante, j’ai adoré jouer ce rôle. Les spectacles de Jérôme Savary (La Périchole, Irma la douce) parce que c’est toujours tellement festif et puis humainement, ça s’est toujours très bien passé, il m’a beaucoup apporté et m’a même prêté la salle Gémier à Chaillot pour ma première mise en scène. Plus récemment Titanic, à Liège et en Avignon, j’adore ce spectacle. Et bien sûr Hair à Mogador qui a été un fiasco total, c’est là que je me suis dit qu’il fallait que je fasse de la mise en scène parce que j’en avais marre d’être mal servie !

Vous vous sentiez des prédispositions pour la mise en scène ?
Depuis toute petite j’ai des images dans ma tête de spectacles, de rêves, de choses folles qu’on ne m’a jamais fait faire. Hair a vraiment été le déclic. Dans la troupe, on s’entendait très bien. Puisque Hair nous avait tous portés vers des « sommets » (rires), je n’avais pas envie de rester sur une note amère avec le reste de la troupe. Je voulais qu’on s’amuse tous ensemble, on en avait les moyens et le talent. C’est donc avec eux que j’ai créé mon premier spectacle Beaucoup de bruit pour rien.

Après le succès de Beaucoup de bruit pour rien, vous présentez aujourd’hui La Tempête, vous ne quittez plus Shakespeare !
C’est devenu mon amant depuis quatre ans! Je mange Shakespeare et je dors avec William. Il y a tout ce que j’aime chez lui. Il recèle toutes les formes de théâtre, il est fantastique, fantaisiste, truculent. Bien plus que contemporain, il est éternel. Il sera toujours d’actualité. Il est rock’n roll et j’essaye de le monter rock’n roll. Et puis surtout il s’adressait à toutes les classes et ça c’est très important pour moi. Je crois au théâtre qui rassemble, qui ne soit pas élitiste, un théâtre naturellement populaire « qui embrasse et virevolte dans tous les sens et toutes les âmes », c’est pas de moi mais de Shakespeare !

Pourquoi La Tempête ?
Après Beaucoup de bruit pour rien qui est une pièce plutôt légère, j’avais envie de me frotter à quelque chose de plus difficile. La Tempête est un conte philosophique qui parle de liberté, de l’introuvable liberté, un thème qui me tient à coeur et qui a une grande résonance aujourd’hui. Avec Bastien Ossart et Anne Auchatraire, on a fait notre propre adaptation à partir du texte anglais original. On a coupé pas mal mais on est restés fidèles à l’histoire et aux idées de Shakespeare. C’est un condensé, on a aussi rajouté quelques petites pointes d’humour mais tout est là et les puristes n’ont pas à se hérisser (rires).

Vous avez inséré des chansons, diriez-vous que c’est une sorte de comédie musicale ?
C’est plus du théâtre musical qu’une comédie musicale. On a pris des scènes que l’on a traitées en musique et en chansons, il y en a une dizaine. Ca donne un spectacle très cohérent. J’ai vraiment envie de faire du théâtre musical français, qu’on ne soit pas obligés de s’inspirer de ce qui se fait aux Etats-Unis, à Londres…Ce n’est pas non plus Les Dix Commandements ou Roméo et Juliette, on est vraiment loin de tout ça. On travaille avec des bouts de ficelle et avec tout l’imaginaire et l’envie qu’on a.

Dans l’adaptation française de Kiss Me, Kate, il y a une chanson qui s’appelle « Décrasse ton Shakespeare », c’est un peu ce que vous faites finalement…
Décrasser Shakespeare, je ne sais pas, mais revisiter William certainement. La Tempête est une oeuvre grave et dramatique mais nous l’avons traitée d’une manière ludique et assez légère. Il y a du chant, de la danse, un cracheur de feu, des clowns, de la commedia dell’arte, on jongle avec le verbe shakespearien. En référence à l’époque de Shakespeare, certains rôles féminins sont joués par des hommes, je trouvais ça amusant, mais je rétablis l’égalité en faisant aussi jouer un rôle d’homme (Caliban) par une femme. C’est complet, festif et rock’n roll. On passe un bon moment, le spectacle a été très bien accueilli partout où nous l’avons présenté.

On retrouve pratiquement la même distribution que dans Beaucoup de bruit pour rien, c’est une volonté ?
Oui, la volonté de la compagnie Casalibus est de constituer une troupe permanente. Je suis fidèle à mes comédiens, j’essaye de retravailler avec les même personnes. Il y a toujours un noyau et des nouveaux qui apportent un souffle nouveau. Ce sont des comédiens en qui j’ai énormément confiance, l’esprit de troupe est très important. On se complète tous, il y a des chanteurs, des danseurs, des musiciens. Je trouve qu’on donne peu souvent leur chance aux jeunes talents, il faut toujours forcer les portes. Là ils sont tous distribués dans de très jolis rôles, c’est un atout supplémentaire.

Après La Tempête, vous allez continuer avec Shakespeare ?
Oui ! C’est important de passer du temps avec un auteur. Depuis le départ je souhaite monter un triptyque : Beaucoup de bruit pour rien, La Tempête, et Songe d’une nuit d’été que nous présenterons au Festival d’Avignon cet été. L’adaptation du Songe est déjà terminée, c’est génial, fantasmagorique à souhait. Il y aura toujours certaines scènes chantées, quelque chose à manger et à sentir. Du vrai théâtre interactif !

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Un commentaire
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  1. Bonjour Vincianne, j’étais avec Claire Mirande hier soir pour vous dire à quel point j’avais apprécié « Roméo et Juliet », il se trouve que j’avais joué cette pièce au théâtre 13 il ya quatre ans! j’ai d’autant plus été touché par cette envie de ne pas prendre au sérieux cette histoire d’amour et en même temps de la prendre pour une vraie histoire d’amour des humains qui se cherchent et se perdent quelque fois bêtement!
    Vos comédiens sont étonnants , ils chantent comme ils respirent et sont de véritables circassiens !
    Bravo Vincianne, continuez, on aurait envie de travailler avec vous!
    Pour l’intant, je suis dans l’écriture poétique et je viens d’être publié, le recueil s’appelle « La fugue en émoi »!
    Donnez-moi votre adresse mail!
    j’ai eu Jean Paul Tribout au téléphone ce matin, il vous reçoit bientôt à Sarlat je lui ai dit tout le bien que je pensais de vous.
    je vous embrasse .
    Pierre Londiche

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