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Zama Magudulela – Pour le plaisir

Le samedi 1 mars 2008 à 0 h 00 min | Par | Rubrique : Rencontre

Zama Magudulela © Stage Entertainment. Photo : KB Studios

Zama Magudulela © Stage Entertainment. Photo : KB Studios

Quand nous vous avions rencontrée lors du showcase au Châtelet, en avril dernier, vous nous aviez confié que vous vous étiez sentie chez vous dès que vous aviez posé le pied à Paris. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Je ressens toujours la même chose ! Quand je marche dans la rue, j’ai l’impression d’être chez moi. Dans d’autres villes, il y a si peu de blacks. Ici, j’ai l’impression de me fondre dans le décor, il y a tellement de différentes nationalités présentes. Et puis quand j’arrive au théâtre, je m’éclate toujours autant. C’est juste la langue qui me pose encore problème… J’apprends lentement mais sûrement. Le français est magnifique mais difficile. Il me faut encore un peu de temps et il me reste quelques difficultés ici et là. Heureusement, c’est assez souple pour ma langue. Je pense que le français et moi, on va très bien s’entendre ! (rires)

Comment avez-vous démarré votre carrière ?
J’ai toujours chanté pour le plaisir, principalement à l’école et à l’église. En dehors de ça, je chantais aussi avec des groupes, sans gagner un sou, car je voyais ça plus comme un hobby qu’un job. Ca ne m’embêtait pas de ne pas être payée, je voulais danser et chanter. En 2001, j’ai joué dans mon premier spectacle professionnel, The Zulu, produit par le producteur de Sarafina [NDLR : un grand succès de la comédie musicale sud-africaine qui a également été adapté au cinéma]. A partir de là, je suis tombée amoureuse des musicals et je ne suis jamais revenue en arrière. J’adorais le fait de danser sur scène. Wouh ! Je peux vous assurer que j’ai fait un tabac ! J’étais la seule ronde au milieu de filles maigrichonnes. J’étais le centre de l’attention ! Les gens se disaient : « Wow ! Elle peut danser comme ça ! » Et moi, je me disais : « Yeah ! Profitez-en ! » (rires) Plus sérieusement, c’est comme ça que j’ai appris à m’aimer plus. C’est là que j’ai compris que quelle que soit votre taille, il y a quelque chose de spécial que vous pouvez transmettre. Je me suis dit : « Zama, tu es peut-être ronde mais tu sais bouger ton corps ! » J’ai appris à m’accepter. Bien sûr, je dois faire attention, mais je ne voyais pas de raison de faire un régime. Je me disais que si je pouvais faire tout ça sur scène, ce serait une porte vers l’extérieur. Wow ! Je vous en ai déjà tant dit ! (rires)

Comment êtes-vous arrivée sur Le Roi Lion ?
Pendant les répétitions de The Zulu, j’ai entendu parler des auditions du Roi Lion. Je n’avais aucune idée de ce que c’était ! Je savais juste que c’était un dessin animé. Mais tout le monde n’arrêtait pas d’en parler, ça a piqué ma curiosité. Je m’y suis rendue et il y avait une file d’attente incroyable. Je me suis dit que ça devait être quelque chose d’important, mais mon intention n’était pas d’auditionner ce jour-là. Et puis, l’homme qui faisait entrer les gens m’a dit : « Tu as l’air de quelqu’un qui sait chanter ! ». J’ai chanté une chanson de Whitney Houston et visiblement, ça ne mettait pas en valeur ma voix. Ils m’ont dit « Zama, tu as une jolie voix, merci. » Et j’attendais qu’ils continuent… « Et puis ? Merci oui ? Merci vous m’engagez ? ». Mais, non, juste merci. Là, je me suis dit que je voulais absolument faire partie du Roi Lion : c’est une audition, je peux la réussir. J’ai commencé à me renseigner. J’ai loué le dessin animé ; c’était la première fois de ma vie que je louais un film ! Je me suis dit : « Donc c’est un musical ? » et j’avais déjà commencé à goûter à cet univers… Il fallait vraiment que j’en fasse partie mais ça a été un long processus ! Ma première audition a été en 2001. En 2002, j’ai été convoquée pour le second tour mais j’étais en stand-by, et j’ai été prise en 2003 pour la production australienne. Oh mon Dieu ! Quand ils m’ont appelée, j’ai failli embrasser le ciel !
Ce n’était pas uniquement le fait d’être prise dans Le Roi Lion. C’était un ensemble de sentiments. Un : wow ! Je vais aller à l’étranger. Deux : je vais jouer dans Le Roi Lion pour lequel j’auditionne depuis si longtemps et je vais enfin voir à quoi ça ressemble. Trois : pour la première fois, je vais découvrir un autre monde en dehors de l’Afrique du Sud.
Pour moi, c’était une étape dans ma vie d’adulte. Je n’avais jamais quitté mon pays auparavant. C’était un grand pas. C’était excitant au début, mais ça été dur aussi car j’ai ressenti le mal du pays. Mais ça m’a aidée à grandir.

Quelles ont été vos impressions quand vous avez découvert le spectacle en Australie ?
Quand ils m’ont donné le script, je n’avais aucune idée de ce que pouvait être le spectacle. J’avais vu le dessin animé mais je ne pouvais pas imaginer comment cela allait être retranscrit sur scène. Et puis, j’ai vu les gens fabriquer les marionnettes. Je me disais : « Mais qu’est-ce que c’est que ce truc ? ».
La première fois où on a chanté « Le cercle de la vie » tous ensemble, il y a eu un moment de communion incroyable. Puis, j’ai commencé à répéter, à travailler avec les marionnettes et je me disais « Ok, ça a l’air sympa ». Et puis, un jour, ils m’ont laissée voir le spectacle. A l’époque, j’avais déjà commencé à le jouer sur scène. Chaque soir, je voyais le public pleurer, et je me disais « Oh, ils pleurent… C’est cool… C’est qu’on doit bien chanter… ». Jusqu’au jour où j’étais dans le public et j’ai vu « Le cercle de la vie ». J’avais beau faire partie du show, connaître les coulisses, c’est comme si je découvrais tout pour la première fois. Ca m’a bouleversée. Je n’avais jamais réalisé à quel point la chanson et le numéro d’ouverture étaient forts. C’est là que j’ai compris pourquoi les gens pleuraient… Ils reçoivent cette beauté, cette énergie, cet instant de communion. Voir toutes ces créatures ensemble sur scène nous ramène à notre réalité d’être humain : peu importe notre couleur de peau, nos croyances, il y a toujours quelque chose qui nous unit l’un à l’autre. Cette ouverture me reliait aussi à tout ce que j’avais vécu dans ma vie passée. J’étais donc extrêmement touchée, c’était un moment unique.

Vous avez ensuite joué en Chine et en Allemagne. Avez-vous dû apprendre le texte dans les deux langues ?
J’ai dû apprendre l’allemand mais en Chine, c’était surtitré. C’était tellement drôle ! Les gens riaient en lisant les blagues qui s’affichaient dans les surtitres et j’avais envie de leur dire : « Hey ! On est déjà passé à la scène suivante ! » (rires) Mais c’était un public merveilleux.
En Allemagne, j’ai eu des cours de phonétique et d’allemand. C’était la première fois que j’apprenais une langue étrangère. Mais c’était sympa.

Comment est arrivée l’opportunité de jouer à Paris ?
L’équipe créative de Disney connaît les artistes dans toutes les productions du Roi Lion et ils font des suggestions. Ils m’ont demandé d’auditionner à Paris, et ils ont décidé ensuite. J’ai dû chanter en français !

Une chanson du Roi Lion ou quelque chose d’autre ?
J’aurais aimé chanter quelque chose d’autre ! (rires) Vous imaginez ? J’étais en Allemagne, c’était encore frais, l’allemand était incrusté dans ma tête et là, j’avais une semaine pour apprendre les chansons en français. Au moins, je connaissais déjà la musique ! Mon ami Giovanni, qui joue aussi dans Le Roi Lion à Paris, m’a aidée à apprendre le texte en français. Quand je suis arrivée, j’ai dû me concentrer très fort et essayer d’effacer l’allemand. C’était une audition très… intéressante. Les chansons ça allait, mais pour les dialogues, je ne savais pas de quoi je parlais !

Rêviez-vous de jouer à Paris ?
Pour être honnête, ça ne m’était jamais venu à l’esprit. Je savais que Le Roi Lion se montait dans le monde entier mais à ce moment-là, je ne pensais pas que ça allait se faire en France. Mais quand j’étais en Australie, des artistes préparaient déjà des auditions en français. Je trouvais ça très intéressant, mais je ne pensais pas que je pourrais faire partie un jour d’une production en français. J’étais très négative envers moi-même, je ne savais pas que je pourrais apprendre une autre langue… avant d’aller en Allemagne. Quand ils m’ont demandé de venir en France, j’étais donc intéressée. Je n’avais plus peur. Je me disais que je pourrais apprendre n’importe quelle langue tant qu’on me donnait un peu de temps.

Vous avez joué le spectacle dans quatre pays. Quelles différences ressentez-vous par rapport au public ? Et par rapport à la troupe ?
Au sein de la troupe, l’énergie est la même partout dans le monde. Je crois que nous, artistes, avons tous un enfant à l’intérieur de nous. On s’exprime toujours le plus possible à propos de ce qu’on aime, de ce qu’on fait. Quand je chante, j’aime ça et j’ai besoin que ça sorte. Et cette folie est en chacun de nous.
En termes de public, oui, c’est un peu différent selon les pays. En tant qu’interprète, on a des attentes par rapport à telle ou telle scène. On se dit : cette scène est drôle, les gens devraient rire. Et on se rend alors compte que quelqu’un pleure.
Par exemple, à la mort de Mufasa, les lionnes se mettent à pleurer [NDLR : avec des rubans figurant un flot de larmes]. En Chine, ça les faisait rire. En Australie, c’était plus intérieur. Ici, c’est un peu des deux. En Allemagne, c’était calme. Tout dépend tellement de la culture et de l’humour, si différents selon chaque pays. Mais en revanche, l’énergie du public est souvent la même. C’est toujours très chaleureux et accueillant à notre égard.

Parlez-nous de votre personnage, Rafiki.
Elle est une shaman, c’est aussi une gardienne du royaume de Mufasa. C’est une sage, pleine d’humour, de savoir, de spiritualité. Elle communique avec les ancêtres pour qu’ils lui montrent la voie. Elle sait tout à l’avance. Elle est là pour ramener Simba à la raison afin qu’ils sauvent les siens. Elle est là pour préserver l’équilibre, pour que le mal soit chassé… et que tout se termine bien.
Elle a peu de dialogues, mais pour elle, chaque mot a une signification importante. Elle est mystérieuse et en même temps, elle est drôle. Au niveau de l’humour, il y a un peu de moi en Rafiki. Je rajoute une touche de Zama dans le personnage, et le package est complet !

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans ce rôle ?
Le rôle est difficile vocalement. Dès le début du spectacle, même si je suis fatiguée, la chanson doit projeter. Si vous êtes assis dans votre fauteuil, vous devez être scotchés. Pour moi, c’est le moment le plus dur vocalement. Je dois être solide en permanence.

Vous avez un entraînement particulier ?
La meilleure façon pour moi de me préserver est de me reposer ! Les médicaments, ça marche quand on en a vraiment besoin, mais le meilleur remède est le repos. Et puis, il faut aussi savoir protéger sa voix. Quand j’ai commencé dans Le Roi Lion, j’ai eu des problèmes de voix. Je ne savais pas comment gérer ma voix. Je forçais ma voix, mais pas de la bonne façon, et c’était dangereux. J’ai dû apprendre, après deux ans, où étaient mes zones de confort, comment placer ma voix pour produire un son puissant. Je sais bien utiliser ma voix de tête et ma respiration. Maintenant, même si je suis fatiguée, personne ne peut le savoir, sauf moi !

Comment envisagez-vous la suite de votre carrière ?
De façon générale, la musique est toute ma vie. Même quand je serai une mamie, ce sera toujours vrai. Je peux continuer à chanter professionnellement, mais je peux aussi le faire comme un hobby. Si je ne chante pas sur scène, ça ne me dérangerait pas d’être dans l’ombre, d’approfondir mon jeu de comédienne, ou encore d’écrire des chansons. Mais en même temps, je sais que je chanterai toujours, ne serait-ce que pour le plaisir !

Il y a d’autres pays dans lesquels vous aimeriez jouer Le Roi Lion ?
(rires) J’adore votre question. On dit qu’il faut tenter sa chance là où le vent nous mène. Qui sait ce que l’avenir me réserve ? Moi pour le moment, je me sens bien ici !

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Mélina Mariale
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